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Ressources protestantes pour le web

Par communication :: 18/06/2007 à 12:55 :: site internet
Ce blog mis en place par Franck Thomas vise à faciliter les échanges de bonnes pratiques entre les web serviteurs protestants francophones. Il invite aussi toute autre personne à participer quand elle s'implique dans l'annonce de la Bonne Nouvelle par les moyens des nouvelles technologies de l'information et de la communication:
http://ressourcesprotestantes.blogspot.com


Groupe de travail site internet

Par communication :: 15/06/2007 à 15:04 :: site internet

Pour éclairer le Conseil de l’union sur les différentes étapes de réalisation du site internet (choix du prestataire, validation du cahier des charges, validation des étapes de la maquette …), il est proposé de constituer un groupe de travail spécifique.

Pour composer ce groupe, le service communication propose

 
-         Un membre de la commission Protestants.org de la FPF

o       Gilles Boucomont : webmestre de plusieurs sites dont le portail www.jesus.fr

 
-         Une personne ayant l’expérience de la conception d’un site ecclésial

o       Linda Caille, rédactrice en chef du journal Mission et ayant crée le site du Défap : www.defap.fr

 
-         Un webmestre d’un site de nos Églises

o       Philippe François (http://templeabreschviller.free.fr) et surtout spécialiste des questions d’esthétique

 
-         Un responsable de service

o       Sabine Schlichter, de l’Accueil

 
-         Un membre du conseil restreint

o       Daniel Junker


Ce groupe travaillera par conférences virtuelles et présentera des notes pour chaque étape importante. Il sera animé par le responsable du service communication sous l’autorité du Secrétaire général directeur des services, Daniel Junker et en concertation étroite avec Thomas Pfeiffer.

Message de Pâques 2007

Par communication :: 04/04/2007 à 12:08 :: Général

Pâques présente avant tout un message d’espérance et de vie nouvelle. Jésus le Christ meurt sur la croix le Vendredi Saint, parce qu’il a révélé à l’homme que l’humanité ne se suffisait pas à elle-même, mais qu’en toutes choses elle se rapporte à Dieu.

C’est l’orgueil sans limite de l’humanité et sa folle prétention à une autonomie absolue qui rejette et tue l’amour inconditionnel de Dieu. Celui-ci ne s’y résigne pourtant pas. En ressuscitant le Christ, le Dieu créateur ouvre une nouvelle dimension à la vie humaine. Une vie nouvelle d’où toute fatalité et résignation sont chassées ; une vie ouverte et libre, capable d’oser le partage et l’amour de l’autre dans sa différence, mais aussi de relever les défis qui se posent à nos sociétés aujourd’hui.

Jésus-Christ ressuscité nous incite à nous engager pour la vie et l’espérance. Ici et maintenant. Il nous donne la joie et la force de lutter pour des formes de vie en société plus respectueuses de l’environnement, plus solidaires de notre humanité et plus consciente de notre dimension spirituelle. Telle est la joyeuse et forte conviction de nos Églises en ce jour de Pâques.

Geoffroy Goetz,
président du Conseil synodal de l’EPRAL - vice-président de l’Union des EPAL

Jean-François Collange,
président du Directoire de l’EPCAAL - président de l’Union des EPAL

Message à l'occasion du départ de Mgr Doré

Par communication :: 01/04/2007 à 12:00 :: Général

Monseigneur,

 Au moment où un « Au revoir » public et solennel vous est adressé, permettez qu’au nom de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine, vous soit rendu un hommage sincère et ému.

Au-delà des relations personnelles que vous avez voulues cordiales et chaleureuses, vous avez su établir un climat de confiance et des occasions de collaborations fraternelles et privilégiées entre nos Eglises. La création du Conseil des Eglises chrétiennes de Strasbourg en 2001, se révèle emblématique à cet égard et n’a cessé depuis d’élargir le champ des rencontres et coopérations fécondes entre les diverses branches de la famille chrétienne dans notre région. Votre présence active le 7 mai 2006, lors de la célébration de l’union de nos deux Eglises protestantes nous a profondément touchés. Ce jour-là, vous nous avez rappelé le mot de Teilhard de Chardin, selon lequel « tout ce qui converge monte ». Et vous avez ajouté que « tout mouvement orienté vers une plus grande unité est nécessairement source de progrès pour l’humanité. Ce principe vaut dans l’ensemble des domaines de l’existence, depuis le niveau des relations familiales jusqu’à celui de l’entente entre les nations ».

C’est donc peu dire, qu’à côté des multiples tâches dont vous avez eu la charge en tant qu’archevêque de Strasbourg, votre engagement œcuménique a grandement contribué à cet effort de convergence, progrès pour l’humanité tout entière. Mais ce travail d’affermissement fraternel déborde de loin les seules rencontres qualifiées d’œcuméniques. Par le souffle évangélique et théologique transmis à votre propre Eglise, par l’élan de foi prenant en compte les difficiles exigences de l’heure, vous avez fortement contribué à renforcer la vitalité du Message qui nous porte tous au sein de notre région. Nous ne pouvons que vous en être profondément reconnaissants.

Monseigneur, aujourd’hui est jour « d’au revoir » nostalgique, chargé de regrets, mais ces regrets sont accompagnés d’actions de grâce pour tout ce que vous avez su nous apporter et d’espoir pour ce que vous n’hésiterez pas encore à nous donner.


Geoffroy Goetz
,
Président du Conseil Synodal de l’EPRAL, vice président de l’Union des EPAL
 Jean-François Collange, Président du Directoire de l’EPCAAL, Président de l’Union des EPAL

Une société et un monde de projets à partager

Par communication :: 25/03/2007 à 12:00 :: JF Collange

Une société et un monde de projets à partager.

Eléments de réflexion sur les échéances électorales
Rapport oral

Nous nous sommes engagés, au niveau de l’Union des EPAL, à relever les défis que l’évolution de nos sociétés occidentales font peser sur nos Églises. Ce qui nous a conduits à mettre en œuvre le programme intitulé « L’Église : un projet à partager ». La mise en route de ce programme devrait rassembler toutes nos énergies et l’on pourrait imaginer que j’en développe maintenant l’un ou l’autre aspect fondamental. Je n’y manquerai pas pour la suite des mois qui viennent, mais aujourd’hui notre pays tout entier se trouve mobilisé par des échéances électorales importantes, que nous ne pouvons pas ignorer. Au demeurant la question de l’insertion de la foi chrétienne au sein de la société fait partie intégrante de tout projet d’Église. Il est donc plus que légitime de porter maintenant un regard spécifique, au nom même de notre foi, sur les échéances politiques qui nous attendent. En lien avec notre projet d’Église (« Un projet à partager »), je m’y risquerai en évoquant « Une société et un monde à partager ».

Foi et politique

Selon les diverses traditions qui nous structurent au plus profond, il n’est pas concevable d’indiquer quelque consigne de vote que ce soit. Dans la tradition protestante tout particulièrement – rejoignant en cela un des points fondamentaux de la tradition républicaine – importe avant tout le libre examen, la conscience et la responsabilité propre de chacun. Il n’y pas lieu d’y déroger. Il est toutefois clair que, s’il convient de distinguer entre pouvoir politique et convictions de foi, le pouvoir lui-même ne peut s’autonomiser du respect d’un certain nombre de principes et de valeurs fondamentales qu’il appartient à la foi – bien entendu pas de façon exclusive, d’autres peuvent en faire autant – de proclamer et de défendre avec force et conviction. Lorsqu’il énonce qu’il convient de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », Jésus accorde bien une réelle autonomie à « César », mais il affirme tout autant que celle-ci ne peut s’affranchir de ce qu’on doit à Dieu et à sa Loi. Celle-ci appelle à « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force et son prochain comme soi-même ». « César » peut donc bien prélever des impôts à sa guise, pour autant que leur usage n’aille pas contre ces visées fondamentales : l’amour de Dieu et du prochain. De la même manière, l’apôtre Paul invite bien à « être soumis aux autorités en place » (Romains 13, 1-13), mais c’est pour autant que celles-ci « recevant leur autorité de Dieu lui-même, Lui sont elles-mêmes soumises » et « cherchent à faire le bien » (v.1b.3). S’inscrivant vaille que vaille dans cette tradition, la Fédération Protestante de France (FPF), refuse – sur les plans tant éthique que politique – de présenter des positions toutes faites et définitives, mais propose à l’intention de ses membres des « éléments de réflexion», destinés à éclairer leur conscience et leurs choix. C’est dans cette optique encore que la même FPF a ouvert sur son site <protestants.org>, un espace de débats présentant 11 dossiers d’actualité[1]. Son Président, Jean-Arnold de Clermont, y exprime la nécessité pour les Églises d’une parole publique, ouverte à l’écoute et aux débats, en précisant que « les chrétiens sont confrontés à un triple défi :

  • Dire l’évangile ! comme une parole qui s’impose à eux et qu’ils ne peuvent garder pour eux seuls, quand bien même elle serait en rupture avec la société ;
  • Participer à la construction d’une société plus juste et plus humaine, en partageant les richesses qu’ils puisent dans la Parole de Dieu ;
  • Prier avec intelligence pour ce monde qui est placé sous le regard de Dieu…

[De ce fait] la FPF ne roule pas pour un parti ; en revanche, elle se méfie des campagnes électorales qui passent à côté de l’essentiel, et se focalisent sur des questions purement politiciennes ». Aussi, loin de cette agitation électoraliste, la FPF propose-t-elle d’organiser réflexions et débats autour de sujets qu’elle juge essentiels dans notre société. C’est dans cet esprit que sont présentés les propos qui suivent.

Dure et féconde limite

Il ne peut être question d’évoquer ici tous les thèmes qui travaillent et agitent notre pays et notre monde aujourd’hui. Les programmes des partis et des candidats s’y emploient de leur mieux et, outre la consultation de leurs propositions, on ne peut que suggérer de les mettre en regard les unes des autres et apprécier convergences et divergences[2].

Mais vous me permettrez de prendre un peu de hauteur et d’insister sur un trait que les contraintes d’une campagne électorale, visant à toucher un peu tous les publics et tous les problèmes, et rivée sur l’instant présent, tendent à ne pas toujours suffisamment mettre en lumière. Je veux parler du fait qu’une page de l’histoire de l’humanité – de notre humanité – est en train de se tourner. Nous allons en effet vers un temps de plus en plus marqué par la limite et les limitations. Alors que nous vivions depuis plus de 200 ans dans la perspective d’un progrès illimité, nous nous apercevons que toutes les avancées scientifiques et techniques ne sont pas forcément ou entièrement bonnes et peuvent être porteuses d’effets secondaires nocifs ou pervers. Tous les problèmes liés à l’écologie d’une manière large, aux changements de climat et à la hausse des températures peuvent être évoqués à ce propos. De même que ceux résultant de l’épuisement désormais prévisible de nos sources d’énergie fossiles (charbon, gaz, pétrole). Mais il y a plus : presque toute notre façon de vivre actuelle est fondée sur un processus de production/consommation dont il est facile de voir combien il ne répond que superficiellement aux besoins humains profonds et tend à vouloir répondre uniquement par des choses ou des objets à nos attentes et à nos soifs[3]. Par ailleurs, la production/consommation de ces mêmes objets ne peut que conduire à une saturation et à un encombrement dont la gestion se révèle tous les jours plus difficile. Nous tirons ainsi traite sur traite sur l’avenir : en accumulant des déchets difficilement gérables, en accroissant les surendettements tant individuels que publics, en vivant grassement sur des ressources non renouvelables… D’où la question lancinante qui doit mobiliser notre responsabilité : quel monde laisserons-nous à nos enfants ou petits-enfants[4] ?

Ces questions sont bien connues et de sérieuses prises de conscience se font jour. Mais le font-elles suffisamment lorsque l’on voit la plupart des programmes électoraux miser sur de fortes croissances, sans se poser suffisamment la question de la nature de ces croissances ? Par ailleurs, trop de ces prises de conscience se font sur le mode pessimiste, voire catastrophiste, annonçant le pire pour demain et après demain.

Je voudrais développer ici trois thèses :

  1. nous n’échapperons pas à de réels sacrifices ; la manifestation de la limite ne peut qu’entraîner de sensibles limitations ; par définition, dure et coûteuse est l’expérience de la limite ;
  2. cette expérience – certaines règles étant respectées - loin d’être une catastrophe déchirante peut se révéler pleinement féconde ;
  3. l’orientation vers de nouveaux modes de croissance et de vie doit être entreprise sereinement et résolument, sans panique ou amertume excessive, dans l’espérance de découvrir de nouvelles manières de vivre en société.

Mais avant de développer cette triple thèse, il me faut faire un léger détour par une très vieille histoire, celle de la création de l’être humain (i.e. de son surgissement en tant qu’humain), telle que nous la présente le livre de la Genèse.

Une histoire de côte et de côté

Tout le monde a à l’esprit la façon dont la Genèse rapporte la création d’Eve, tirée d’une côte d’Adam (Genèse 2,18-24). Ce qu’on ne dit pas assez à ce propos, c’est que le même terme hébreu signifie à la fois « côte » et « côté » – un peu comme en français où seul l’accent aigu permet de distinguer les deux termes. Or que peut-on inférer du fait que c’est bien du côté d’Adam (« le terreux ») qu’Eve (« la vivante ») fut tirée ? Sinon qu’avant la création d’Eve, Adam n’avait pas de côté, qu’il était sans limites, comme une sorte d’ectoplasme ou de fantôme. Il était sans contours, donc sans identité véritable. D’où son profond désarroi : « pour lui-même l’homme ne trouvait pas d’aide qui lui soit accordée » (v.20 – traduction TOB).

Là encore une étude sérieuse des termes doit être menée, que des siècles de misogynie ont occultée. Ce que la TOB traduit par « aide qui lui soit accordée », c’est très exactement l’hébreu « ézer kenegdo ». « Kenegdo », c'est-à-dire « en face », « contre lui » et non pas simplement « accordée » ; l’expression se comprend dès lors et dans son sens quasi charnel – voire sexuel – et dans sa signification existentielle : c’est « en face » d’Adam, face à face avec lui, qu’Eve est créée ; dure et féconde limite ! Quant au terme « ézer », traduit généralement par « aide » sous-entendu «humble servante » il n’apparaît qu’en deux circonstances dans l’Ancien Testament : ici même et, dans les Psaumes pour faire appel à Dieu ; « Dieu, mon secours (ézer), viens à mon aide ! ». Imagine-t-on que l’on fasse appel à Dieu comme à un « humble serviteur » ? Certes non ! Il convient donc de traduire « ézer » non par « aide », mais par « secours » et « ézer kenegdo » par « secours en face ». Ce que Dieu apporte donc à Adam en créant Eve, c’est un côté qui lui donne limite et forme ; un secours en face, susceptible de lui résister, de lui tenir tête et, ce faisant, d’être vraiment lui-même.

C’est ce que comprend parfaitement, dans un premier temps du moins, Adam qui s’écrie émerveillé : « celle-ci est os de mes os et chair de ma chair, elle sera appelée ischa parce qu’elle a été tirée de isch » (v.23). Remarquons en passant qu’avant ce grand moment, Adam ne savait pas parler, il ne savait qu’ânonner des mots nommant les animaux. Mais là, Eve une fois en face de lui, c’est un flot de paroles qui jaillit, tout un poème ! (Mais, rien n’est jamais parfait et le ver, hélas, était déjà dans le fruit : tout à son bonheur, Adam ne pense pas à parler à Eve ou à parler avec elle ! Si seulement, il avait pensé à ajouter : « Chair de ma chair, que dis-tu à ton tour de ce miracle ? », la face de l’histoire en eût été changée !).

Quoi qu’il en soit, la chose est assurée « depuis le commencement du monde » : notre identité – notre humanité d’êtres humains – n’est pleinement révélée et réalisée que dans la mesure où nous acceptons d’être limités. Cette limite est à la fois dure et joyeuse, féconde. Elle se présente de plus fondamentalement comme celle d’autrui, comme « l’autre semblable ». Que pouvons-nous en tirer pour la politique de notre pays et du monde aujourd’hui ?

Des projets à partager

L’évocation de l’avancée vers un monde aux ressources limitées n’a rien a priori, il faut l’avouer, de particulièrement enthousiasmant. Elle suscite contrariétés, réticences, refus ou même craintes plus ou moins affirmées. Nous n’aimons pas être limités et faisons tout pour ne pas l’être. C’est pourquoi, les différents programmes à l’élection présidentielle passent sur ces difficultés inéluctables comme chat sur braises. Mais la référence à Genèse 2,18-24 doit nous alerter et faire vaciller ces a priori simplistes : et si l’expérience de la limite n’était autre chose que la condition même du bonheur authentique ? De quelle manière ?

  1. Découvrir ou redécouvrir notre identité véritable.

On l’a vu : Adam (nous-mêmes, l’humanité d’hier, d’aujourd’hui et de demain) ne devient véritablement lui-même que par la création « en face » d’une limite qui lui donne contours et identité. Et cette limite se révèle fondamentalement celle d’autrui, de l’autre humain ou de l’humain autre. On peut en tirer trois conséquences concrètes aujourd’hui :

  •    Quoi que l’on pense, ou que l’on soit tenté (le « serpent » n’est pas loin) de penser, une société essentiellement fondée sur la consommation et l’accroissement sans fin des biens se révèle et se révèlerait de plus en plus fatale pour l’humanité des humains, pour l’identité humaine. L’envahissement et l’encombrement par les biens finissent en effet par nous faire perdre notre « âme », par nous transformer nous-mêmes peu à peu en bien marchand, en simple objet d’échange. Il n’y a pas lieu d’y insister plus longtemps, tant la chose est évidente, même si elle heurte nos mentalités et nos habitudes faciles de ce début de siècle : une certaine ascèse, sobriété ou modestie est la condition même de l’affirmation d’une identité assurée. Le principe que parents et pédagogues connaissent bien (ou devraient bien connaître) a valeur générale, à savoir que rien n’est plus créateur de personnalité que des limites bien posées. La mise en œuvre de ce principe n’est d’ailleurs pas sans incidence théologique – dénonçant tout projet prométhéen visant à l’illimitation – bien présent dans la problématique de Genèse 1-3, mais qu’il n’y a pas lieu de développer plus avant ici.
  • Si la limite en elle-même se révèle réalité structurante, la seule affirmation de celle-ci laisse insatisfait. Poser des limites pour le simple « plaisir » de les poser n’a pas vraiment de sens et peut même se révéler pervers. Des limites arbitraires peuvent en effet être vécues, soit comme inutilement pénalisantes, soit comme appelant à des performances stériles. C’est alors que la vérité portée par le récit biblique prend une nouvelle fois toute sa force, et révèle toute sa plénitude : elle indique sans équivoque que la limite nécessaire à l’épanouissement des individus, des groupes, des communautés et des peuples, a une figure et un contenu précis, ceux de l’autre homme/femme, groupe, communauté ou peuple. Ce qui structure fondamentalement ma propre identité et liberté, c’est l’altérité, c’est-à-dire l’identité et la liberté d’autrui.
  • Ainsi apparaît la matrice fondamentale de toute morale ou éthique : le respect infini de l’autre dans son altérité ou, pour reprendre une expression maîtresse d’Emmanuel Lévinas, le respect infini de « la hauteur du visage d’autrui ». Une analyse serrée du « commandement des commandements » en Genèse 2,16-17 : « mange de tous les arbres du jardin, mais non pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sinon tu mourras », confirmerait largement cette thèse. Mais il ne m’appartient pas de développer ce point ici. Je souligne simplement que la prise de conscience des limites que me pose l’existence et l’épanouissement d’autrui, est la condition même d’un vivre ensemble moral ou éthique.
  1. Découvrir que nous formons un ensemble solidaire : une société, un monde à partager.

Un des éléments salutaires de la prise de conscience « écologique » tient dans ce qu’elle nous enseigne que nous formons un ensemble solidaire : avec la nature certes, avec le reste de l’humanité en tout cas. Nous sommes unis, solidaires, pour le meilleur comme pour le pire. Nous nous « en tirerons » tous ensemble, ou nous sombrerons tous ensemble. Il n’y a pas d’alternative. Aussi, toutes les propositions politiques consistant à ségréguer, discriminer, rejeter sont-elles à la fois moralement coupables et condamnées, à plus ou moins court terme, à l’inefficacité. On retrouve là notre fil rouge de la Genèse : Adam et Eve sont moins condamnés par leur ingestion du fruit défendu, que par le fait qu’ils se présentent désunis devant l’interpellation de Dieu. Au Seigneur qui demande en effet à Adam ce qu’il vient de faire, ce dernier répond : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit et j’en ai mangé » (3,12). La belle unité des deux membres du couple qui venait de les fonder en humanité vole ici en éclats (du fait de l’homme d’abord !) et Adam se « dissout » lui-même, refusant d’assumer toute responsabilité (donc toute identité d’homme) et rejetant la faute sur celle sans laquelle il venait de dire qu’il n’était rien et, en définitive, … sur Dieu lui-même.

Il en va de même pour nous aujourd’hui. Au lieu de nous rejeter sans cesse la balle censée causer tous nos malheurs, n’aurions-nous pas intérêt à constater que nous sommes embarqués sur le même navire et que six milliards d’humains peuvent former un levier considérable pour relever les défis que la situation actuelle leur lance, pour autant qu’ils acceptent de les relever ensemble. Cela suppose l’instauration, dans cet ensemble, d’un minimum de justice qui motive les uns et les autres, leur permette de coopérer et d’aboutir à un juste partage du fruit de leur travail.

A cet égard, les indications du récit biblique sont contrastées. D’un côté, il permet de taxer d’utopique, voire d’absurde, le rêve d’un monde de juste partage des ressources et de coopération fraternelle : à peine formé le couple humain n’en vient-il pas à se déchirer et leurs enfants à s’entretuer ? Peut-on dès lors imaginer un monde où l’homme ne serait pas un loup pour l’homme ? Mais d’un autre côté, en plaçant en tête du récit, non pas l’évocation de la faute et de la tragédie mais celle du bonheur et de la vie partagée, la Bible indique que la vocation humaine fondamentale, malgré tous les démentis de l’histoire, ne tient pas dans quelque sombre destin, mais s’inscrit sur un horizon de bonheur et de partage fécond. Par ailleurs, la Promesse de Dieu, signifiée ici par sa bénédiction (Genèse 1,28), réitérée tout au long de l’histoire d’Israël dans son attachement au respect de la Loi et confirmée de façon absolue au matin de Pâques, cette Promesse donc porte à jamais l’humanité et nous interdit, hier, aujourd’hui et demain, de désespérer de l’avenir. C’est cette espérance qui pousse encore à évoquer l’un ou l’autre trait de la manière dont nous sommes appelés à habiter notre monde.

  1. Du bon usage de la création

En suivant toujours le fil rouge du début de la Genèse, essayons de préciser ce que peut être un projet commun de développement du monde.

Ce projet se trouve traversé par une tension forte, exprimée dans les chapitres 1 et 2, et relative à la vocation de l’homme. A la fin du chapitre 1 en effet (v.28), le Créateur « bénit le couple humain et lui dit : ’Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre’ ». Cet appel à la conquête du monde et à sa soumission n’a sans doute pas été pour rien dans le développement de nos sociétés technologiques et d’exploitation des ressources, au sein même de la culture judéo-chrétienne et non pas ailleurs. Un tel ressort idéologique, couplé à la désacralisation de la nature – créée par Dieu et non pas confondue avec lui – était en en effet nécessaire pour pousser à sortir d’une vénération quasi magique du monde et de la nature, à les profaner et à conduire à la culture qui est aujourd’hui la nôtre. Et, sans doute, n’y a-t-il pas lieu de revenir en arrière – à supposer que ce soit simplement possible. L’appel à la domination de la nature, au développement, demeure, mais il convient de le comprendre comme appel, non pas à développer plus, mais à développer mieux. Et là les possibilités sont considérables et, dans un certain sens, exaltantes.

C’est alors qu’il convient de se souvenir que l’appel de Genèse 1,28 ne peut s’entendre isolément, mais qu’il est accompagné de celui de Genèse 2,15 – avec lequel il entre en tension féconde : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder ». « Pour le cultiver et le garder » et non pour le piller, pour le dégrader, l’épuiser ou le détruire. L’appel à la conquête du monde trouve là à la fois sa finalité et sa limite : il s’agit de garder, de préserver, … pas moins qu’un jardin. Contrebalançant l’appel à une saine stimulation ou compétition sous-entendue par Genèse 1,28 – l’injonction à garder (contre quelle menace ?) le jardin invite à de fécondes collaborations. La juste manière de mettre le monde en valeur tient dès lors dans l’équilibre à sans cesse (r)établir entre utilisation/compétition d’un côté, préservation/coopération de l’autre.

Permettez-moi toutefois de m’arrêter un peu plus sur le terme « cultiver » (‘abad), littéralement « servir ». Il y a un « service » du sol ou des biens qui nous sont confiés et auquel nous sommes contraints. Et ce « service » se déploie selon trois orientations fondamentales dont les termes hébreu et français se font, à nouveau, l’écho de façon assez similaire.

  • « Cultiver » (‘abad) c’est d’abord, très concrètement et matériellement labourer, planter, semer, arroser… faire de la bonne agri-culture, une bonne culture du jardin ou des champs.
  • Mais « cultiver », c’est aussi regarder et tenter de comprendre, ou encore dire, louer, chanter, écrire, partager… passant de l’agri-culture à la culture tout simplement, là où, cultivateur – autrement dit « travailleur » l’homme en vient à se cultiver lui-même.
  • « Cultiver » c’est enfin « rendre un culte » - réalité dont, au-delà du simple usage des termes, on retrouve la trace matérielle dans l’offrande « cultuelle » des prémices du sol et du cheptel en Israël ou, plus proche de chez nous, dans l’institution du culte des moissons.

Se constitue ainsi une chaîne forte entre travail matériel, culture et culte, et nous aurions tout intérêt à redécouvrir la pertinence de cet enchaînement pour chacun de ces trois maillons : l’exécution d’une tâche détachée de toute culture et, encore plus de tout sentiment de participation à ce qui la dépasse infiniment ; le développement d’une « culture » sans lien profond avec la vie concrète des humains et coupée de tout appel à la transcendance ; la célébration de « cultes » sans rapport avec la vie concrète et avec l’univers culturel… Tout cela représente autant de déviances et de blessures à la vie bénie à laquelle le Seigneur Dieu nous appelle. N’y a-t-il pas là matière à une réflexion politique fondamentale ?

C’est encore ce qu’indique à sa manière, un passage d’un étrange roman de Pascal Mercier, Train de nuit pour Lisbonne [5]. Sous la dictature de Salazar, dans les années 50, un jeune homme brillant, par ailleurs athée, en vient à proclamer : « Je ne voudrais pas vivre dans un monde sans cathédrales. J’ai besoin de leur beauté et de leur noblesse. J’ai besoin d’elles contre le caractère ordinaire du monde. Je veux lever les yeux vers des vitraux lumineux et me laisser éblouir par ces couleurs non terrestres. J’ai besoin de leur éclat. J’en ai besoin contre la sale couleur monotone des uniformes. Je veux me laisser envelopper par la rude froideur des églises. J’ai besoin de leur silence impérieux. J’en ai besoin contre le beuglement vide d’esprit de la cour des casernes et le bavardage plein d’esprit des suiveurs. Je veux entendre la voix murmurante des orgues, cette inondation de sons supraterrestres. J’ai besoin d’elle contre le ridicule criard de la musique militaire. J’aime les hommes priants. J’ai besoin de leur vue. J’ai besoin d’elle contre le poison sournois de la superficialité et de l’absence de pensée. Je veux lire les puissantes paroles de la Bible. J’ai besoin de la force irréelle de sa poésie. J’ai besoin d’elle contre la négligence à laquelle est livrée la langue et contre la dictature des slogans. Un monde sans tout cela serait un monde dans lequel je ne voudrais pas vivre » (p.196).

Aujourd’hui, nous remplacerions les allusions au tout militaire de la dictature salazariste par les slogans de la consommation à tout crin. Et malgré ou à cause de ces slogans qui tendent à nous gaver, comme le jeune Amadeu Prado, nous avons envie de crier : « j’ai besoin, j’ai besoin d’autre chose… ».

D’autre chose, que seule l’acceptation de la limite peut nous apporter…

Voilà. Ces quelques considérations intempestives sur la situation de notre monde à la veille d’échéances électorales majeures pourront paraître un peu lointaines et sans apport précis pour la conjoncture de l’heure. Il n’empêche : même si nous disposons encore (Dieu en soit loué !) de quelques marges de flexibilité, le temps nous est désormais compté. Nous ne vivrons plus jamais dans un monde que nous pourrons considérer comme illimité. Il nous faut donc réintégrer l’expérience socio-politique de la limite. Non pas la repousser ou la fuir comme quelque mauvais destin – tel Gribouille qui pensait se protéger de la pluie en se cachant dans une mare. Non pas fantasmer quelque miracle technologique qui nous sortirait d’affaire comme par magie – même si, bien sûr, il faut fortement encourager la recherche de nouvelles technologies. Dans le meilleur des cas est-on sûr qu’elles se révèleront suffisantes, et suffisamment tôt ? Non pas s’engager dans une catastrophique logique d’injustices, de déchirements et de guerres, en jugeant prioritaire la défense de modes de vie minoritaires et dispendieux face à la misère grandissante du plus grand nombre. Toutes ces solutions désastreuses ne sont pas à la hauteur de notre vocation commune d’enfants de Dieu.

Mais faire ou refaire l’expérience de la dure mais féconde limite ouvre la voie d’un avenir de projets neufs et toniques, d’offres de partages fraternels pour la mise en culture d’un « jardin » confié à notre commune responsabilité.

                       Jean-François Collange

Wolfisheim, le 25 mars 2007

 

NB :      En lien avec ce qui précède, en ce temps qui est encore celui du Carême, il peut être indiqué de suggérer, très concrètement, que nous mettions en route une réflexion sur la manière de vivre ce temps de façon significative.


[1] Les 11 dossiers portent sur la crise sociale, les énergies, le changement climatique et le développement durable, l’Europe, la famille et l’éducation, la justice pénale et le système pénitentiaire, la laïcité – condition du vivre ensemble, les migrations et le droit d’asile, le racisme et l’antisémitisme, la santé, la violence. Ils sont précédés d’un dossier introductif sur le thème « Eglises et politique » dû aux plumes de O.Abel, M.Lienhard, Neal Blough et L.Schweitzer.

[2] Pour ce faire, on peut se reporter aux fort bons ouvrages de Y.Azoulay, P.Perrineau et B.Teinturier, Présidentielle 2007. Qui choisir ? Tout savoir avant de voter. Les candidats et leurs équipes. Les défis à relever. Le détail des programmes, Paris, Ed. Philippe Rey, 2007 ; C. Perrotin, Présidentielle 2007. Pour qui voter ? Les candidats et leur programme, Paris, L’archipel, 2007.

[3] Je me garderais pour ma part de « cracher dans la soupe » et suis bien conscient – et bien content – des bienfaits de la « société de consommation » dont je suis pleinement bénéficiaire. La question revient à savoir si ce système est suffisant pour conduire à l’épanouissement de l’humanité des humains et, même, si, par bien des aspects, il n’est pas destructeur de celle-ci.

[4] Cf. notamment H. Jonas, Le principe responsabilité.

[5] Paris, Maren Sell Editeurs, 2006 (original allemand 2004).

L’Eglise : un projet à partager.

Par communication :: 07/03/2007 à 11:03 :: JF Collange

Mutations du monde, défis pour l’Église

Notre monde est en profonde mutation. Des pans entiers de la société et des modes de vie s’en trouvent bouleversés et presque toutes les professions (de production, d’échanges, d’enseignement, de santé, d’administration, etc...) sont appelées à relever d’importants défis et à se restructurer. L’Église n’échappe pas à ces bouleversements et aux nécessaires restructurations qu’ils entraînent. D’autant plus qu’elle se trouve confrontée à des difficultés et à des défis spécifiques, notamment dans nos sociétés occidentales et européennes qui voient fortement remise en cause l’influence de la religion. C’est pourquoi la plupart des Églises qui nous entourent se dotent peu à peu d’analyses et de projets devant leur permettre de mieux faire face au présent et à l’avenir. Ainsi tout particulièrement du remarquable travail de l’EKD, Kirche der Freiheit, actuellement en cours de discussion et d’appropriation, censé tracer les grandes lignes de l’évolution des Églises protestantes en Allemagne pour le quart de siècle à venir.

Aussi nous faut-il, à notre mesure, sereinement mais résolument, prendre à bras le corps les problèmes qui se posent aujourd’hui et se poseront demain à l’Union des EPAL et nous engager dans une démarche de projet partagé. Nous le ferons – avec l’aide de Dieu et la collaboration du plus grand nombre - dans la concertation, nous efforçant d’avancer dans la participation avec cohérence et détermination.


Concertation, cohérence, détermination

La concertation s’impose, non seulement parce que le corps du Christ inclut chacune de ses parties, mais encore parce que les Églises de la Réforme se caractérisent par l’affirmation du « sacerdoce universel » de tous les croyants. Au demeurant, la concertation et la participation sont des clefs de l’efficacité. Encore faut-il les organiser de façon pertinente et la marche en avant qu’elles doivent initier doit-elle se construire de façon ordonnée et cohérente. Il est un fait que bien des initiatives dans nos Églises sont remarquables, réjouissantes et toniques. Mais, bien souvent, elles sont réalisées sans véritable concertation, de façon dispersée, voire un peu en désordre, susceptible d’engendrer confusion, voire contradiction. Il s’agit donc de mieux faire encore. Combien gagnerons-nous en force, quand nous aurons mieux assuré les modalités d’une action cohérente et participative ? La cohérence ne s’oppose bien sûr pas à la diversité, qui est un fait et une richesse. Au contraire, en évitant toute dispersion inutile et tout doublet stérile, elle permettra de mieux nous consacrer à l’essentiel, de mieux mettre en valeur les spécificités des uns et des autres, là où elles s’affirment importantes et de réaliser de véritables synergies.

Cette démarche exige encore, mieux que par le passé, que l’on distingue entre court, moyen et long terme. Certes, il ne s’agit pas d’attendre qu’une étape soit franchie avant de prendre en compte la suivante (toutes les préoccupations évoquées demandent, d’une certaine manière, à être abordées ensemble), mais d’évoquer néanmoins une certaine mise en ordre de l’action.


Consolidation (le court terme)

Grâce à Dieu, il nous est donné de vivre désormais notre foi en unissant les forces de nos deux Églises d’ Alsace et de Lorraine. Dans la dynamique instaurée par cette perspective nous avons pu nous doter, ces dernières années, d’outils qui nous permettront de mieux rendre compte de notre vocation :

·   mise en place d’organes de direction unifiés et donc d’une politique globale plus cohérente et dynamique ;

·   intégration et élan plus poussés des divers services de l’Union ;

·   création d’un corps pastoral unique,

·   mise en place d’une seule Commission des ministères, indépendante de la direction ; constitution d’un parcours de formation initial cohérent et commun ; 

·   mise à disposition d’outils efficaces et pertinents, notamment informatiques et comptables ;

 ·   mise en place de moyens humains (plate-forme jeunesse, service musique, création du Conseil Protestant Educatif de Strasbourg – support de « Jan Amos Comenius » qui regroupe près de 2 000 élèves, avec enseignement de culture religieuse obligatoire), organisationnels, matériels (ouvrages pour l’enseignement catéchétique ou de culture religieuse ; revalorisation conséquente du paiement des heures dans le primaire) et financiers ; l’orientation définie en la matière consistant à privilégier des projets clairement identifiables plutôt que des structures ; …

·   moyens d’une politique de communication plus efficace ;

·   rayonnement intra-protestant, européen et œcuménique plus marqué, notamment à travers le développement des activités de la Conférence des Églises riveraines du Rhin ;

·   souffle nouveau donné à la Commission d’Action Sociale, Politique et Economique, notamment sur les questions du logement social et d’urgence, comme sur la mondialisation ;

·   signaux donnés en interne comme à l’extérieur de la vitalité du protestantisme alsacien-mosellan - l’aventure du Neuenberg qui nous a considérablement occupés ces dernières années, étant emblématique à cet égard.

Ces diverses avancées ne doivent toutefois pas nous inciter à nous endormir sur nos lauriers. Récentes et fragiles, elles exigent encore d’être pleinement assumées et développées. Tout un travail de consolidation, patient et rigoureux nous attend donc.

Par ailleurs, les chantiers suivants, nous occuperont dans les mois qui viennent :

·   Avancées significatives sur la mise en commun de nos ressources financières

·   Restructuration du Conseil et du Service missionnaires

·   Consolidation de la plate-forme jeunesse

·   Création d’un Service Protestant de Relations Interreligieuses et Interculturelles

·   Projet global de pastorale du tourisme

·   Renforcement des actions diaconales

·   Réflexion sur les projets de vie dans l’EPRAL

·   ……

 
Un projet à partager (le moyen terme) 

Les actions de consolidation ne sauraient toutefois absorber toute notre énergie. Loin de là ! C’est pourquoi le premier semestre 2007 – notamment à travers ses différents rendez-vous institutionnels ou informels[1] - doit permettre d’élaborer en commun, pour la rentrée de septembre 2007, un dispositif d’ensemble susceptible d’initier une croissance équilibrée et durable.

Cela signifie en particulier :

1.       recueillir, analyser avant de proposer des solutions

      Il ne s’agit évidemment pas de se lancer dans un tableau exhaustif, mais – sur la base de méthodes objectives éprouvées - de procéder à quelques repérages essentiels pour relever points forts et faiblesses de nos manières de faire, tant sur le terrain qu’en termes d’organisation plus globale.

2.       se donner les moyens de la synergie afin de :

·   mieux porter remèdes aux défaillances

·   et permettre un réel développement sur l’ensemble de notre ressort des expériences positives développées ici ou là

3.       s’interroger sur le fonctionnement de la direction de l’Union et de ses services. Notamment dans les directions suivantes :

·   en quoi direction et services peuvent-ils mieux encore être au service de la base ?

·   quelles procédures administratives alléger ?

·   quelles perspectives de collaborations et de croissance durable, les services peuvent-ils développer ?

4.       poursuivre la réflexion sur le ministère pastoral, notamment à partir des résultats présentés par la Commission ad hoc, tout en ayant le souci du recrutement futur (Journées de la vocation ? …).

 
Bâtir l’avenir sur le fondement qu’est le Christ (le long terme)

 Notre vue ne peut toutefois s’arrêter là. Elle doit non seulement porter à plus long terme, mais encore aller plus profond. L’Église n’est pas seulement une institution comme une autre. Corps du Christ, elle est d’abord porteuse de spiritualité et de vie. D’où les perspectives suivantes à développer :

 
·   Théologie, spiritualité et identité protestante

Il convient de penser à frais nouveaux la pertinence de l’Evangile dans notre culture et notre société. C’est là la fonction même de toute théologie, dont chacun sait qu’elle n’est que seconde par rapport à la vie de la foi et a comme principal objectif de rendre celle-ci pensable, donc vivable, (credo ut intelligam disait saint Anselme) dans une langue, une culture et un temps donnés. Malgré les difficultés certaines de la tâche aujourd’hui, bien des signes indiquent que l’époque est en quête de spiritualité et de repères, notamment éthiques. On tentera de remédier à ces difficultés en :

-    resserrant nos liens avec la Faculté de théologie protestante

-    repensant l’organisation du travail biblique et théologique dans nos paroisses

-    travaillant à ce que, au sein de la Communion Protestante Luthéro-Réformée, à laquelle nous appartenons, soient choisies des thématiques synodales communes, tournant autour de questions sur la signification et les implications actuelles de la foi, travaillées aux différents niveaux de la vie ecclésiale et conduisant à la formation d’une manière de « conscience protestante » commune.

·   Une perspective missionnaire

Bien des indicateurs – notamment sociologiques - annoncent la poursuite de la réduction de la part de la vie ecclésiale au sein de nos sociétés. On ne saurait certes s’en réjouir, mais non s’en inquiéter outre mesure. Notre force ne tient pas d’abord dans le nombre de croyants, mais dans la qualité de l’Evangile qui nous porte et dans celle des projets qu’il inspire et met en œuvre. Mais cette tranquille assurance ne doit pas nous conduire à faire l’autruche ou à attendre qu’un avenir meilleur nous tombe directement du ciel. Elle doit au contraire nous inciter à faire face, à faire preuve d’imagination, de courage et d’audace pour que, demain comme hier, le Christ n’ait pas à rougir de son Église. L’audace de certaines franges de cette Église – tout particulièrement « évangélique » - qui, loin de faire du sur place, n’hésite pas à essaimer, pourrait peut-être également nous inspirer.

Quoi qu’il en soit, il nous appartient tous ensemble de réentendre la parole selon laquelle tout est possible « à celui qui croit » (Marc 9,23). Dans ce texte, « celui qui croit » désigne soit Jésus, soit l’homme qui croit, soit l’un et l’autre, confondus dans la même entreprise pour la plus grande gloire de Dieu et pour le service de ses enfants.

C’est à nous engager ensemble dans cette voie que nos propos veulent vous inviter.

 

++++

 

Concrètement,

Selon des rythmes à définir sans précipitation :

· Les différentes instances de direction de l’Union mettent en œuvre les orientations présentées, pour autant qu’elles dépendent d’elles

· Les diverses rencontres (pastorales – générales ou sectorielles -, synodes, consistoires supérieurs, assemblées de l’Union, etc.) sont appelées à inscrire leurs travaux dans ces orientations, en choisissant d’approfondir l’une ou l’autre piste évoquée

· Les Inspections ecclésiastiques, Consistoires réformés ou luthériens peuvent de même se saisir de tel ou tel thème et apporter ainsi leur pierre propre à la construction de l’édifice commun

· Des groupes ad hoc, spécialisés et compétents dans un domaine particulier, peuvent également se mettre en place.

Texte adopté par le Conseil Plénier du 27 janvier 2007



[1] 27/1 : Conseil plénier ; 4-6/2 : pastorale EPRAL ; 25/3 : Consistoire supérieur ; 28-29/4 Synode EPRAL (Amnéville) ; 21/5 : pastorale générale ; 23/6 : Assemblée de l’Union ; 20-21/10 : Consistoire supérieur ; 17-18/11 : Assemblée de l’Union

à la suite du décès de l’abbé Pierre, le 22 janvier 2007

Par communication :: 25/01/2007 à 12:06 :: Général

De nos cœurs monte une immense reconnaissance pour ce qu’a été l’abbé Pierre. Ce passionné de Dieu et des hommes a incarné l’Évangile en plénitude, en montrant que l’amour de Dieu et celui des Humains vont de pair, parce que les petits et les pauvres sont le visage même de Dieu.

Dans nos vies parfois si étriquées et minuscules, il a démontré que l’on pouvait écrire « ESPOIR » en majuscules.

Par contre, son appel d’il y a plus de 50 ans demeure d’une actualité criante. Cela doit nous interpeller tous fortement. La fidélité à la mémoire de l’abbé Pierre se joue dans un engagement total pour des réformes audacieuses, afin de supprimer la misère pour que chacun puisse vivre dignement.

Pour l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, Geoffroy Goetz, président du Conseil synodal de l’Église Protestante Réformée d’Alsace et de Lorraine et Jean-François Collange, président du Directoire de l’Église Protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine

Le prince de la paix

Par communication :: 22/12/2006 à 10:04 :: Général

« Un enfant nous est né,

   Un fils nous est donné.

   On proclame son nom :

   ‘Merveilleux conseiller, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la paix’ ». Esaïe 9,5

 
Le prince de la paix est un enfant. C’est ce qu’annonce l’Ecriture, tout particulièrement le livre du prophète Esaïe.

Le Prince de la paix est un enfant, nous répètent les préparatifs de Noël, fête des enfants et de l’enfance. Chantons, célébrons et vivons Noël ! Associons-nous au chœur des anges qui, au-dessus de la crèche de Bethléem proclamait : « gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre pour ses bien-aimés ! »

 
Paix sur la terre. En savourant cette paix offerte, manifestons aussi notre reconnaissance, nous qui avons la chance de vivre dans une société au sein de laquelle il nous est possible de partager notre joie au milieu de familles et de communautés pacifiées.

Mais savourer cette paix ne revient pas pour autant à oublier ceux qui en sont privés. Les armes et leur fracas continuent à déchirer notre globe. Près d'un milliard d'enfants vivent dans la pauvreté. Premières victimes de la misère, ces enfants sont devenus aujourd'hui des cibles de guerre privilégiés, esclaves sexuels, enfants soldats pris dans les remous de conflits qui les dépassent …

De telles tragédies trouvent leurs échos chez nous aussi. À nos portes et dans nos murs d'Europe, ce sont des dizaines, voire des milliers d’enfants démunis, réfugiés, malades ou abandonnés qui ne connaîtront pas la paix de Noël. Combien d'enfants de nos villes grandissent au sein de bandes, en marge de la société, ne connaissant que la loi du plus agressif et du plus fort ?

Le Prince de la paix est un enfant… Noël bouleverse nos idées toutes faites sur Dieu. Non, il n’est pas loin des hommes, de leurs soucis et préoccupations : il a choisi, en Jésus-Christ, de partager la vie humaine dans ses joies comme dans ses peines. Célébrer Noël, c’est donc bien nous émerveiller face aux enfants « sages », mais c’est aussi refuser d’oublier les enfants « perdus », refuser de les tuer comme une seconde fois en faisant comme s’ils n’existaient pas, comme si Noël n’était fait que de Pères Noëls colorés et de sapins illuminés et pas aussi de paille, de boue et de sang collant à la peau d’une humanité empêtrée dans ses contradictions et ses haines.

L'action de groupes caritatifs, de mouvements ou d'associations en collaboration avec nos paroisses, Églises et Œuvres diaconales, appellent notre engagement, notre générosité et notre soutien actif.

Le Prince de la paix est un enfant ; il vient pour les enfants, pour tous les enfants du monde, les plus petits, les plus « paumés » aussi, les plus démunis d’abord ! Tel est le message dont nous avons la charge.

Pour l’union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine,

Geoffroy Goetz, président du Conseil synodal de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine

 

et Jean-François Collange, président du Directoire de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine

Communiqué de presse de l'APAL

Par communication :: 27/11/2006 à 13:49 :: condition pastorale

Communiqué de presse

Suite au communiqué de presse de l’Agence France Presse du mardi 21 novembre titrant fallacieusement : « Les pasteurs alsaciens-lorrains revendiquent les 35 heures », le comité de l’A.P.A.L précise :

L’Association des pasteurs d'Alsace et de Lorraine n’a jamais revendiqué et ne revendique pas l’application des 35 heures aux pasteurs, contrairement à ce qu’un document de synthèse laisse entendre. 

D’autre part, le comité regrette que la démarche de réflexion portant sur la « condition pastorale » initiée par la direction de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine manque à ce jour de clarté, de méthode et de réflexion biblique et théologique.

Elle demande aux pasteurs et aux laïcs de saisir les occasions de débat pour que cette question soit traitée sereinement et sérieusement, sur la base d’informations accessibles à tous, en utilisant les ressources de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg, de la formation permanente et de nombreux lieux où ces réflexions ont déjà été menées.

Adopté par le comité de l’Association des Pasteurs d'Alsace et de Lorraine

le 27 novembre 2006.

Signé : le président Gérard JANUS

Les revendications des pasteurs

Par communication :: 24/11/2006 à 14:56 :: condition pastorale

Jean-Marc MEYER

Pasteur à 68270 WITTENHEIM (EPRAL)

2A rue de la Résistance

03 89 50 40 77

jmmeyer@evhr.net

Messieurs les présidents,

Chers collègues,

 

C’est avec grande surprise que j’ai appris, ce mercredi 22 novembre 2006, en regardant les informations régionales sur France 3 Alsace, que je faisais partie d’une catégorie socioprofessionnelle malmenée, sous-payée et fortement mécontente.

« Les pasteurs alsaciens-lorrains se plaignent des horaires surchargés, des salaires insuffisants, de la vie de famille perturbée et du manque de repères et n’hésitent pas à revendiquer les 35 heures » ai-je ensuite pu lire dans le journal « L’Alsace » du mercredi 22 novembre (qui reprenait vaguement les propos du reportage sus-cité).

Se rajoute enfin cet autre reportage relatant la même chose avec d’autres images et d’autres intervenants. Je l’ai visionné sur le site Internet des DNA, mais comme ils oublient systématiquement d’indiquer leurs sources, et qu’ils ne répondent pas aux mails qu’on leur envoie, je ne sais pas sur quelle chaîne il fut diffusé… Il me semble que c’est LCI, vu le graphisme, mais je n’en suis pas sûr… Ce dont je suis sûr, c’est que plusieurs milliers de personnes ont dû le voir…

Ma première surprise est que l’on relie ce constat plus que morose à un questionnaire qui aurait été envoyé aux pasteurs. Or personnellement (et je ne suis pas le seul), je n’ai jamais reçu ce genre de document. Oubli ? Négligence ? Critères particuliers ? Il doit y avoir une raison que ma raison ignore, car en aucun cas je ne soupçonnerai ma hiérarchie de vouloir censurer certaines opinions… !!!  En tout cas l’article de « L’Alsace » mentionne que 100 pasteurs sur 280 ont répondu… Répondu quoi ? Et qu’en est-il des 180 qui n’ont pas répondu ? Et puis, si je ne m’abuse, il me semble que la totalité des pasteurs de l’Union est légèrement supérieure à 280, non ?

Ma seconde surprise est que, publiquement, en tant que « pasteur alsacien-lorrain », on me dépeigne soudain comme quelqu’un qui se plaint sans arrêt, qui souffre de sa condition misérable, et qui revendique une vie tranquille et peinarde (avec un salaire bien conséquent à la clé, cela va de soi !) plutôt que de se consacrer à ses paroissiens. Personnellement, je n’ai pas encore eu de réactions de mes paroissiens, mais je sens que ça va être « chaud » dans les semaines qui viennent, et qu’il me faudra plusieurs fois 35 heures pour leur faire comprendre le vrai du faux dans ce délire médiatique et insensé… !!!

Je ne sais pas comment c’est pour vous, mais moi je déteste apprendre par hasard et par certains écrans incontrôlables comment je dois penser (ou comment j’ai pensé à mon insu) sans qu’on m’en ait parlé auparavant… !!!!

C’est vrai, Claire-Lise REBERT ou Alexandra BREUKINK ont sans doute un peu raison de se plaindre de leurs horaires surchargés. Certains pasteurs travaillent sûrement plus que d’autres, selon les paroisses ou les engagements demandés… Je le regrette pour eux (elles) mais était-ce bien utile de balancer cela sur la place publique, en donnant l’apparence (comme les médias savent bien le faire) que la parole de deux ou trois est le reflet de l’unanimité ?

C’est vrai, Gérard JANUS a sans doute un peu raison quand il dit que certains pasteurs ressentent un malaise parce qu’ils ont l’impression que la « base » ne les suit plus, ne les écoute plus. Mais n’est-ce pas là une composante inévitable du travail d’un pasteur (ou d’un curé, ou d’un pompier, ou d’une infirmière, etc.) ? La « base » s’en fout de nos états d’âmes ! Les gens s’adressent à nous quand ils en ont besoin, justement… Et notre job c’est d’être présent à ce moment-là, contents ou pas contents…

C’est vrai, Alain MEYER a sans doute aussi un peu raison, quand il parle d’argent. Mais bon ! il faut rester réaliste : 2 200 € par mois après 30 ans d’ancienneté, ce n’est pas énorme… mais il oublie que la moitié (voire plus) de la population française gagne à peine 1 700 € par mois, et surtout que nous, les pasteurs, nous sommes logés gratuitement (un loyer de presbytère, c’est au minimum 700 € ou 800 € par mois, si je ne me trompe). Donc, en réalité, un pasteur (de l’EPAL, j’entends bien) gagne en réalité pas loin de 3 000 € par mois. Quand à l’argument de l’augmentation de l’inflation en cinq ans (12 %) comparé à l’augmentation du salaire (6 %), donnant lieu à une « baisse du pouvoir d’achat » de 6 %, cela me laisse vraiment dubitatif : il me semble que c’est exactement pareil pour 90 % de la population (à part quelques privilégiés). Si certains pasteurs pensent encore que la consommation à outrance et la croissance illimitée est possible et souhaitable, libre à eux…

Enfin, l’argument des huit ans d’études (c’est ce que j’ai entendu dans le reportage, mais c’est faux, ce n’est que cinq ans), pourrait être valable… Seulement il ne l’est pas ! Je connais deux ou trois amis avec des diplômes d’ingénieur en physique ou en chimie, BAC + 7 (c’est à dire deux de plus que nous), qui sont bien contents d’avoir un travail payé un tout petit peu plus que le SMIC (qui je le rappelle est de 1 254, 28 € BRUT en 2006), et qui sont bien évidemment obligés de se payer un logement avec les quelques 986 € NET qui restent.

Moi, simple pasteur, avec un niveau d’étude bien inférieur au leur mais qui gagne quasiment deux fois plus, je suis parfois gêné d’être invité à dîner chez eux… !

Tous ces chers collègues qui on répondu à ce fameux questionnaire (qu’un jour j’aimerai aussi recevoir, juste par curiosité) oublient peut-être l’essentiel : pourquoi avez-vous un jour choisi de faire ce métier ? Pour l’argent ? Pour la gloire ? Pour la notoriété ? Pour ne travailler que 35 heures ?

Ou bien pour tout autre chose, que nous semblons avoir oublié… ?

Pour l’anecdote : ce qui m’a le plus choqué (hasard de la programmation des infos), c’est que juste après le reportages sur les pauvres pasteurs, il y en avait un autre qui parlait des caissières à AUCHAN, exploitées et payées au lance-pierre (alors que le groupe fait des bénéfices pharamineux), et qui ne connaissent leurs horaires que trois ou quatre jours à l’avance. Et ces femmes, mères célibataires ou divorcées pour la plupart, ne peuvent ni n’osent se plaindre, car elles savent bien que quinze autres attendent leur place…

Je n’ai pas de caissière AUCHAN parmi mes paroissiennes ; mais si tel était le cas, et qu’elle avait vu ce reportage ou lu cet article, et qu’elle venait me dire ses quatre vérités en estimant que son pasteur - censé la soutenir et la comprendre - passait son temps à se plaindre de ses horaires et à revendiquer un salaire qu’elle n’ose mêm pas imaginer dans ses rêves, je pense qu’un trou de souris ne serait pas assez petit pour cacher ma honte !


Tout ce déballage, un peu dans le désordre je m’en excuse, pour dire quatre choses :

 

1. Je comprends que cette soudaine exposition médiatique vous a tous un peu dépassé et que vous ne la souhaitiez pas ainsi. On demande aux journalistes de dire une chose, ils en disent une autre…

Mais quand on connaît le système, et comment il fonctionne, il faut peut-être apprendre à prendre ses précautions…

 

2. C’est vraiment dommage que le premier « projet » de l’Union soit celui-ci : contenter les quelques mécontents de notre corps pastoral, et qu’en plus il soit mis sur la place publique comme s’il concernait tout le monde…

Personnellement, je me sens pris en otage, ou plus exactement pris en tenaille dans une problématique qui ne me concerne pas, mais qui me concerne quand-même vu qu’elle semble faire souffrir des gens qui font le même métier que moi, et c’est très désagréable de l’apprendre dans les journaux ou à la télé…

Vous aurez compris que je suis en total désaccord avec ce déballage médiatique. Je l’ai d’ailleurs indiqué par un courrier aux journaux et chaînes concernés.

 

3. S’il y avait un vrai message à faire passer (pour autant que les médias soient intéressés), ce serait plutôt de dire à quoi peuvent servir les pasteurs (ou les curé, les rabbins, les imams, les pompiers, les infirmières…) dans la société, dans la vie des gens, qu’ils travaillent 70 heures, 35 heures ou 15 heures ; qu’ils soient heureux dans leur travail ou pas…

 

4. Cette histoire (somme toute assez rigolote si on la prend avec humour), si elle n’est pas désamorcée rapidement, va à mon humble avis porter un tort considérable à notre Église désormais unifiée.

Oh ! Pas de la part du gouvernement, qui répondra, je le pense, que les revalorisations salariales déposées sur le bureau du Ministre sont pour l’instant entendues mais mises en attente (je vous rappelle que la dette publique de la France s’élève juste à quelques petits milliards… et que quelques autres millions de personnes ont les mêmes revendications…).

Ce sont nos paroissiens, surtout ceux qui sont un peu en marge, ou totalement étrangers, qui vont réagir violemment. Déjà, ils avaient tendance à considérer l’Église comme un « Truc » bizarre, et les pasteurs comme des fonctionnaires inutiles. Et je ne pense pas être le seul à avoir passé des (35) heures pour essayer d’expliquer, lors de certaines visites, qu’il n’en était pas ainsi, que nous étions là pour être à leur service, pour défendre certaines valeurs, et surtout - ne l’oublions pas - pour annoncer l’Évangile de Jésus-Christ (tiens, c’est marrant, il n’a pas été cité, lui, dans les articles et les reportages… !).

Mais si ces braves gens, simples et pas compliqués - réagissant sans trop réfléchir à ce qu’ils lisent dans le journal ou (encore pire) voient à la télé - se disent que finalement les pasteurs et autres curés ne sont effectivement que des fonctionnaires qui défendent leur petit bifteck plutôt que de partager leur quotidien à eux, leurs questions, leurs doutes, leurs désarrois, leurs revendications, j’ai bien peur qu’ils ne nous remercient à tout jamais… et ils auront sans-doute raison de le faire…

Voilà, chers présidents et collègues de l’EPAL,

pardon pour ces remarques un peu dans le désordre car écrites à vif,

mais je ne pouvais pas ne pas les formuler.

Jean-Marc MEYER

L’union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine soutient ses pasteurs

Par communication :: 24/11/2006 à 11:31 :: Général

La seconde Assemblée de l’union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine (EPAL) s’est tenue au centre de rencontres « Le Torrent » à Storckensohn (68). Elle a consacré ses travaux principalement à la condition pastorale et aux relations avec les Églises évangéliques.

Le président du Conseil de l’union, Jean-François Collange, a insisté, tout au long de l’Assemblée, sur la nécessité de « ne pas subir mais agir, l’union doit être au service de la vocation des Églises : servir Dieu, notre prochain et annoncer l’Évangile ».

C’est la raison pour laquelle l’Assemblée de l’union se préoccupe de la condition pastorale. Chevilles ouvrières de la vie des Églises et des paroisses, les pasteurs ont été invités à exprimer leurs attentes tant sur le plan de la revalorisation des traitements qu’en terme de reconnaissance des difficultés liées à l’exercice de leur ministère dans la société actuelle. L’Assemblée de l’union a entamé une réflexion approfondie et des propositions concrètes seront formulées au cours de l’année 2007.

L’Assemblée a reçu le rapport de Jean-Louis Hoffet, chargé d’une étude concernant les relations de l’Union avec la grande diversité des Églises évangéliques. Jean-Louis Hoffet a notamment plaidé pour un « œcuménisme protestant » et insisté sur la nécessité d’affirmer une démarche d’ouverture.

L’Assemblée a également adopté le budget des services de l’Union. D’importantes économies de fonctionnement ont été réalisées qui permettent d’affecter près de 97 000 € à des projets spécifiques présentés par les services, sans pour autant augmenter la pression financière sur les paroisses. Parmi ces projets, un programme d’accompagnement de l’action pastorale, un nouveau site internet, plusieurs festivals de musique et une priorité affirmée des actions à destination des jeunes par le biais d’une plate-forme jeunesse.

Elle a encore adopté à l’unanimité son règlement intérieur, ainsi que la mise en place d’une commission de recours pour les pasteurs stagiaires non retenus par la Commission des Ministères. Catherine Birmelé, Bernard Sturny et Pierre Tribe ont été élus pour constituer cette commission. L’Assemblée a reçu avec reconnaissance le rapport sur le fonctionnement des services. Elle a également donné mandat au Conseil de l’union d’entamer, d’ici la prochaine Assemblée de juin 2007, une concertation approfondie pour redéfinir ses orientations missionnaires.

Bienvenue sur le blog de l'union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine

Par communication :: 15/11/2006 à 11:38 :: Général

Ce blog est ouvert à tous ceux qui souhaitent réagir et participer aux débats qui animent l'union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine.

N'hésitez par à intervenir, tous les messages auront une réponse. Le président du Conseil de l'union, le professeur Jean-François Collange ainsi que le président du Conseil synodal, Geoffroy Goetz alimenteront régulièrement cet espace de dialogue

Évangile, Réformation, Reconstruction.

Par communication :: 15/11/2006 à 11:36 :: JF Collange
Au point où nous en sommes arrivés, il vaut peut-être la peine de faire… justement le point. Non tant sur nos actions elles-mêmes, que sur ce qui les fonde et les oriente, en ce début de XXIème siècle, vers l’avenir. Comment formuler aujourd’hui, le message qui est censé éclairer le monde, qui nous porte et qui doit guider nos entreprises ? Tel est le défi qu’il nous faut, maintenant tenter de relever.

La question se pose évidemment pour l’Eglise (ou pour notre Union d’Eglises) tout entière. Mais elle se pose tout particulièrement aussi pour notre appréhension du ministère pastoral. Une des questions qui nous est en effet régulièrement adressée à cet égard peut se formuler ainsi : des pasteurs certes, mais pour quoi faire ? Quelle est réellement l’attente de « l’Eglise » (ou, du moins, de sa direction) à leur propos ?

Voici donc quelques éléments de réflexion qui devraient nourrir et faire progresser le débat.

Nous nous situons dans la ligne de l’Evangile, tel que l’a compris la Réformation au XVIème siècle. C’est là le sens de notre identité protestante. Mais, de fait – faut-il le rappeler – nous ne sommes plus au XVIème siècle, mais bien à l’aube d’un siècle nouveau. Il nous faut donc faire preuve de continuité et de fidélité certes, mais aussi d’audace et d’esprit d’innovation. D’où le terme de « reconstruction ».

Faut-il rappeler que la Réformation met en exergue, dans le message évangélique, trois éléments particuliers. Ils reviennent en général de façon litanique, mais je propose d’en mettre en valeur la pleine actualité, c’est-à-dire de les rénover ou de les « reconstruire ». Il s’agit des trois sola, caractéristiques de la foi protestante :

  • Sola gratia , par la grâce seule
  • Sola fide, par la foi seule
  • Sola scriptura, par l’Ecriture seule

Certes, tout le message de la Réforme ne se résume pas à ces trois termes, loin s’en faut. Mais enfin, commençons par ceux-ci, le travail se révèlera déjà suffisamment important.

Sola gratia

Le salut est le fruit de la grâce seule.

Pour bien comprendre la portée de cette affirmation, il convient d’abord d’élucider la notion même de salut. On l’a longtemps comprise comme manière de vie après la mort, échappant aux affres de la colère divine et de l’enfer. Mais cette perspective (la vie après la mort) est peu présente dans l’Ancien Testament – il suffit de le lire un peu pour s’en apercevoir – et même dans le Nouveau Testament, où l’accent porte plutôt sur la vie présente vécue devant Dieu (coram Deo, pour reprendre une expression chère aux réformateurs eux-mêmes) et non pas tellement sur ce qui se passe après la mort. Ce sur quoi le Nouveau Testament insiste en fait, c’est sur une certaine qualité de vie, proposée par le Christ et à laquelle il appelle,… dont la force est telle qu’elle déborde les frontières mêmes de la mort. L’accent ne porte donc pas sur l’après-mort, mais bien sur la qualité d’une vie pleine et débordante que la mort elle-même ne saurait contraindre et vaincre. C’est ce que l’évangile de Jean, notamment, appelle « vie en plénitude », terme que l’on traduit généralement de façon trop restrictive par « vie éternelle ». Le Christ, faut-il comprendre dans les écrits johanniques, nous ouvre à la « vie éternelle » (zôè aiônios), c’est-à-dire à une plénitude de vie que la mort ne saurait vaincre. Le Christ ne nous tourne donc pas d’abord vers l’au-delà au risque de nous détacher de l’ici-bas ; mais il nous plonge de telle manière dans l’ici-bas que celui-ci en vient à déborder sur l’au-delà.

Il en va de même pour l’apôtre Paul qui – remarquons le en passant – n’emploie pas, lui, le vocabulaire de « vie en plénitude » ou « vie éternelle », mais celui de « justification » ou de « vie justifiée », c’est-à-dire de vie qui trouve dans l’Evangile sa justification, de vie digne d’être vécue ou d’avoir été vécue. Luc Ferry comprend très bien ce dont il est fondamentalement question dans l’ensemble de cette problématique, lorsqu’il parle de « vie réussie ». Qu’est-ce qu’une vie réussie ? demande-t-il à nos contemporains, nous demande-t-il à nous. Et nous comprenons bien dès lors combien cette question nous touche et nous interpelle aujourd’hui encore ; aujourd’hui plus que jamais. Et cette question n’est rien d’autre que la question même du salut.

La réponse de l’Evangile, lu par les Réformateurs, à cette question essentielle peut alors s’exprimer de la manière suivante : le salut, la vie réussie, ne s’obtient que sola gratia, que par la grâce seule. Soit ! Mais qu’est-ce donc que la grâce ?

On serait tenté de récuser le terme aujourd’hui et d’affirmer qu’il est désuet et ne dit plus rien. Et pourtant ! Chacun sait ce que « gratuit » ou « gratuité » veut dire. De plus en plus de choses aujourd’hui s’achètent et se vendent, ressortissant du domaine marchand ou encore de l’économie. Et il n’y a rien à redire à cela. Les règles de l’économie marchande font partie des lois de la vie qu’il n’y a pas lieu de contester, dans la mesure où elles sont justes et équitables. Mais là où les choses se gâtent, c’est lorsque l’on prétend que tout se résume et se trouve soumis à ces lois là ; que tout s’achète et que tout se vend et que rien n’existe en dehors de ces évaluations là. De réduire l’existence à ses seuls aspects économiques et matériels.

Mais que faire alors des sentiments, de l’affection, de la chaleur humaine, du geste qui distingue et relève, de la générosité, de l’amour ? Que faire de la poésie, de l’art, de la spiritualité qui ne s’achètent et ne se monnayent pas ? Or notre siècle n’est-il pas en passe de sombrer (de « se perdre »), dans la mesure où la dimension matérielle et économique de la vie tend à tout envahir, à tout régenter, et à se présenter comme la seule manière – ou du moins la principale manière –  de comprendre l’existence ?    

Il y a maintenant quelques dizaines d’années déjà que l’ethnologue Marcel Mauss a pu montrer que, dans plusieurs cultures du monde (sinon dans toutes), le don et l’esprit du don jouaient un rôle structurant fondamental, de sorte que l’on peut même dire que l’honneur d’une civilisation se mesure à sa capacité à cultiver et développer, au-delà même des règles de l’échange et du calcul marchands, cet esprit-là ; esprit du don et du « pour rien », esprit et force de la grâce, hors desquels aucune vie (individuelle, sociale ou même civilisationnelle) ne saurait être réussie. Ne saurait, en un mot, être sauvée.

Cette vérité est fondamentale, et ses conséquences demanderaient à être longuement développées en termes d’organisation sociale et culturelle, d’économie même, d’écologie, de partage et de manière de vivre. Comment en douter ? Les formes que prend la question aujourd’hui sont certes spécifiques et nouvelles, mais la question, elle, est de tout temps, et les civilisations qui ont su perdurer, traverser le temps et se révéler comme l’honneur de l’humanité (comme son « salut ») sont celles qui ont su la prendre au sérieux et tenter d’y apporter des réponses.

Les hébreux pour leur part ont inventé le sabbat. Je ne vais pas développer ce point bien connu, ni insister sur le rôle qu’il joue encore aujourd’hui dans la vie juive. Le sabbat – dont Jésus a contesté une certaine manière de le vivre, mais qu’il n’a pas du tout abrogé – est une manière d’incarner le fait que la vie active ne se suffit pas à elle-même. Non pas qu’il faille la dévaloriser le moins du monde, mais elle ne se suffit pas à elle-même et même, laissée à sa propre emprise, elle agit comme les nénuphars qui se reproduisent à la surface de l’étang, l’envahissent et finissent par l’étouffer. Sans la rupture et la percée opérées régulièrement par le sabbat, par le « rien produire », par la rencontre et par là fête, la vie  - nos vies – sont perdues et se meurent.

Comment ne pas voir alors la nécessité vitale de la vie cultuelle aujourd’hui encore, et l’importance de la fonction de celle, de celui ou de ceux qui l’ordonnent ? Le culte est, à proprement parler, un lieu de salut. Il arrache à la seule matérialité et productivité de l’existence, et l’ouvre à ceux qui, en les dépassant, leur donne leur sens véritable. Il est vrai que les formes qu’il convient de donner à la réalité proprement salvifique du culte se cherchent, et qu’il n’est pas facile d’y apporter les réponses les plus pertinentes. Mais l’exigence elle-même, pour le salut du monde, de faire place, dans l’organisation des vies individuelles et sociales, à la gratuité et à la grâce ne devrait faire de doute pour personne.

C’est ici qu’intervient le second sens du mot « grâce ». Il est d’ordre esthétique et concerne le beau, la beauté, l’art et le gracieux. Sa figure en est le chant, la danse, la poésie… ou toute autre forme artistique qui élève l’homme au-dessus de lui-même et l’arrache à l’immanence de la seule vie productive et marchande. Le culte – ou les formes du culte – se doivent donc d’être joyeuses et belles, pour correspondre à la grâce qu’il ou elles véhiculent. Cela a d’ailleurs toujours été le cas dans l’histoire ; voyons simplement les trésors artistiques que nous ont transmis bâtiments ecclésiaux ou célébrations cultuelles.  Cela va de la flèche d’une cathédrale au plus simple chant choral ou à la vie mystique la plus intense. « La rose est sans pourquoi » énonce au XVIIème siècle le mystique allemand Angelus Silesius. Admirable propos ! « La rose est sans pourquoi » : dans ce simple énoncé se rejoignent la gratuité que nous venons d’évoquer, la beauté de la rose et l’engagement mystique qui prolonge la question du sens (de la vie) dans un au-delà qui la dépasse. Travailler donc à la vie et à la simplicité esthétique du culte ou des formes festives et cultuelles, voilà de quoi occuper plus d’un projet de paroisses ou d’Eglise.

Les questions de sens ne se posent d’ailleurs pas que dans les grandes expériences mystiques. Elles inquiètent chacun d’entre nous, certes à tout moment de son existence, mais peut-être plus encore à ces moments-clefs, à ces nœuds de la vie, que sont la naissance, les noces, la maladie et l’épreuve, ou encore la mort. D’où l’importance de ce que, d’un terme un peu barbare, on appelle « casuels » ou « actes pastoraux » : baptême, mariage, accompagnement, mort. Là plus que jamais – pour ce que Gérard Delteil a pu appeler une « diaconie du sens » - est requise une parole de grâce, de gratuité pleine de sens.

Sola gratia ; sans grâce, nulle vie réussie. Mais qu’est-ce que la grâce demandions-nous ? C’est par excellence le don gratuit, le don de la Croix, ligne d’une pureté sans tremblement que Dieu nous fait en son Fils, Jésus, le Christ, et qui fonde à jamais tous nos gestes de gratuité et de générosité, tous nos élans de joie sans tache.

Sola fide

Vous me permettrez d’être ici un peu plus rapide, quoi qu’il y aurait aussi bien des choses à dire. Comment en effet caractériser la foi ?

On se rappelle que le mouvement même qui allait conduire à la Réforme fut initié chez Luther par une profonde méditation sur ces mots de l’apôtre Paul, ouvrant et résumant l’épître aux Romains : « l’Evangile est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif d’abord, puis du Grec. C’est en lui en effet que la justice de Dieu est révélée, par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : le juste par la foi vivra » (Romains 1,16s). Luther en tira la conclusion, au demeurant exacte, que c’était dans la foi et en elle seule, que résidait le moyen de parvenir au salut.

Si l’on maintient la définition que je viens de proposer pour ce qu’il en est du salut, cela signifie que l’accès privilégié à la vie réussie, à la vraie vie, n’est – après la grâce – autre que la foi. En quoi cette affirmation peut-elle encore concerner aujourd’hui le monde du XXIème siècle ? Peut-il encore être sensible à de tels propos, en être touché et en vivre ?

On remarque tout d’abord que l’apôtre Paul ne spécifie pas de quelle foi il s’agit. Il ne parle fondamentalement ni de la foi en Dieu (même si, implicitement, celle-ci se trouve bien visée), ni de la foi dans le Christ, ni même de foi religieuse. Il emploie le terme de façon absolue, et parle de la « foi » tout court. C’est qu’il évoque une réalité plus générale que ce que l’on a coutume d’appeler « foi » et que l’on confond trop rapidement avec la pratique religieuse et ses croyances. Il s’agit ici tout simplement de la foi comprise comme réalité touchant tout être humain, comme catégorie humaine universelle… dont on nous dit qu’elle sauve, c’est-à-dire qu’elle ouvre la porte d’une existence réussie. Comment comprendre cela ?

Le théologien Paul Tillich permet d’avancer dans la compréhension de ce mystère, en qualifiant la foi de « courage d’être » (courage to be), de manière solide et droite de se tenir et d’avancer dans l’existence. Loin donc d’être une réalité marginale, concernant essentiellement de pieux sujets, la foi se révèle au coeur même de la vie et de l’existence, comme force et courage qui dressent la vie contre l’adversité même. Ce qu’indique d’ailleurs le terme hébreu disant la foi « êmounah » (racine : aman, amen), dont le sens fondamental exprime la solidité et la force. La foi, à ce stade, est proche de la conviction (1) – elle s’ancre d’ailleurs dans un certain nombre de convictions – dont nos sociétés manquent cruellement aujourd’hui, sans lesquelles rien de solide ne se construit dans la vie. Certes, on pourrait dire que des convictions trop affirmées poussent à l’intolérance et au dogmatisme. Mais il s’agit alors de convictions elles-mêmes mal assurées : la vraie conviction s’ouvre à l’argumentation, au débat et à sa propre mise en cause, comme la vraie foi ne rejette pas le doute, mais l’intègre et le surmonte.

De la foi, courage d’être et convictions sereinement assumées, naît alors l’estime de soi. On parle beaucoup ces derniers temps dans la littérature profane de cette « estime de soi ». On en parle d’autant plus volontiers qu’elle paraît menacée, comme paraissent menacés l’identité et l’avenir de bien de nos contemporains. Comme paraissent menacés et compromis l’identité et l’avenir de nos Eglises mêmes et… avec elles, bien sûr, de leurs pasteurs. Mais qu’est-ce que l’estime de soi ? Sinon le sentiment intime que l’on vaut quelque chose, que l’on n’est pas rien (un « vau-rien », un moins que rien) ou, plus exactement, qu’aux yeux des autres – ou du moins de certains d’entre eux – on n’est pas rien, on est estimé. Et il est bien clair, qu’en dehors d’un minimum d’estime de soi, nul ne peut subsister et ne peut vivre. Or l’Evangile nous apporte l’assurance qu’en Jésus-Christ, aux yeux de Dieu lui-même, chacun – quel qu’il soit – a un prix précieux. Et qu’il suffit de « croire » cela pour dresser la tête et avancer d’un pas résolu dans la vie. La « foi » ainsi comprise se révèle donc comme courage d’être et clef d’accès à une vie pleine et réussie.

La foi présente une autre qualité encore. Elle n’est pas seulement force, solidité, conviction et courage, elle est encore foncièrement « fides », fiance, fidélité et confiance. Or sans confiance, aucune société ne peut survivre et vivre. Tant au niveau familial, qu’économique et social, la qualité même de la confiance susceptible d’être ou non instaurée s’avère fondamentale. La chose est trop évidente pour être longuement développée ici ; mais l’on comprend mieux, dans cette optique, que l’apôtre Paul ait pu voir dans l’émergence et la culture de la foi justement la clef du salut du monde.

La confiance toutefois n’est possible que dans la mesure où elle s’appuie sur la justice. La en effet où règne l’injustice, il ne peut y avoir confiance. C’est pourquoi encore nos deux versets de l’épître aux Romains évoquent sans équivoque la « justice de Dieu ». En Jésus-Christ, Dieu suscite la foi, dans la mesure même où il révèle sa justice, c’est-à-dire la justice des justices, le principe même de toute justice, à savoir que tous, juifs comme grecs, hommes comme femmes, esclaves comme libres, sont ses enfants et que, de ce fait, tous doivent bénéficier d’un accès égal et équitable aux biens de ce monde. Le courage d’être et la confiance ne sauraient donc être générés que vivifiés et nourris sans cesse par cette profonde conviction relative à la justice et la recherche constante de ses conditions de réalisation.

Dieu comme garant de la justice entre tous ses enfants, notamment les plus petits et les plus faibles d’entre eux, voilà ce que révèle l’événement Jésus, le Christ. Voilà qui est susceptible d’engendrer courage d’être, confiance, foi, et donc de conduire à la réussite de la vie, individuelle et sociale. Aussi, en dernière instance, convient-il encore de comprendre que la foi (humaine et universelle) trouve à s’ancrer dans la conviction que, quelles que soient les circonstances, Dieu Lui-même ne cesse de croire en ses enfants. C’est ce mouvement qui conduit le psalmiste à confesser : « Quand bien même mon père et ma mère m’abandonneraient, le Seigneur ne m’abandonnera pas » (Psaumes 27,10) ; ou encore telle personne dans l’évangile, poussée à bout par l’épreuve à s’écrier : « je crois, viens au secours de mon manque de foi » (Marc 9,24). La fine pointe de la foi s’éprouve alors comme socle le plus dur, et consiste à mettre sa foi en un Dieu qui – malgré les démentis de l’histoire et de l’actualité – croit en l’homme et dans l’humanité.

Tel est le message qu’il appartient à l’Eglise de proclamer et de vivre, au service même de la réalisation d’une vie réussie du plus grand nombre.

Sola scriptura

Le temps passe ; le sujet est complexe et je sens l’attention faiblir. Je vais donc essayer d’être encore plus bref, quitte à y revenir de façon plus approfondie à un autre moment. En quoi l’Ecriture peut-elle permettre d’accéder à une vie réussie ?

La première constatation est d’apparence triviale : aujourd’hui, sans maîtrise de la lecture et de l’écriture, l’avenir d’un individu comme d’un peuple se trouve particulièrement compromis. Et il n’est pas innocent de constater que, chez nous en tout cas – en Occident en général, à Strasbourg en particulier – les études scolaires et universitaires se sont développées dans le sillage même de la référence à la lecture de la Bible. Lien profond à méditer et à faire fructifier aujourd’hui encore !

Mais, il y a évidemment plus. En quoi peut-il bien y avoir intérêt de passer de l’écrit à l’Ecriture ? Je n’évoquerai ici qu’un aspect de la question, parmi bien d’autres : le travail sur l’Ecriture éveille et nourrit tant l’intelligence que le cœur. Tant l’intelligence : cela est facile à comprendre, pour autant que l’on refuse de s’en tenir à une lecture superficielle et fondamentaliste ; c’est la méditation et la recherche incessantes de la juste interprétation des textes qui, peu à peu, affûte les esprits et ouvre les yeux de l’intelligence (une civilisation qui n’en viendrait plus qu’à compter et à manier seulement des chiffres deviendrait vite sotte). Tant les cœurs : la lecture des textes bibliques ne stimule pas que l’intelligence, elle est encore porteuse de symboles, de récits, de prières, de prophéties, et de paroles de sagesse, etc… qui nourrissent l’imagination, amplifient la conscience, et densifient l’existence.

Mais malgré tous ces avantages indéniables, il est clair que le rapport à la seule Ecriture (comme au seul écrit) peut aussi avoir quelque chose de figé, de hiératique et de stérilisant. Se pose là toute la question du fondamentalisme, chrétien comme non chrétien. Or, pour échapper au piège fondamentaliste, l’Evangile lui-même – repris en cela fidèlement par la perspective réformatrice – ne se présente pas d’abord comme un écrit ou comme une Ecriture, mais bien comme une Parole. Parole de vérité, de justice et de paix. De sorte que l’on peut dire qu’une grande partie de la tâche de la théologie ne consiste pas en autre chose qu’en ceci : trouver les justes articulations entre parole et écrit, entre prédication et Ecriture.

C’est donc bien de parole(s) qu’il s’agit avant tout. Et là encore, comment nier que c’est bien dans le maniement correct de la P/parole que se tient le salut de chacun d’entre nous et du monde tout entier ? Les humains sont pétris de paroles, et chacun sait qu’en dehors de l’échange de parole/s l’on dépérit et l’on meurt. Plus que de pain, nous avons faim de paroles qui nous font vivre. Mais nous savons aussi qu’il peut être des paroles qui blessent ou même tuent plus sûrement que des balles. Sans aller jusque-là, il est des paroles plus ou moins signifiantes ou insignifiantes, des bavardages qui endorment ou abêtissent comme des opiacés, des paroles qui mentent et qui trompent… Mais aussi des paroles qui stimulent et redressent, apaisent, guérissent, et entraînent… L’Evangile est Parole des paroles. Il remet sur pied celle ou celui qui est tombé, il ouvre l’avenir. C’est en ce sens qu’il est surrection – faisant sans cesse surgir du neuf – et résurrection. Comment ne pas comprendre alors qu’il est Parole même du salut ?

Ainsi donc, la grâce, la foi, et l’Ecriture-Parole apparaissent bien comme les vecteurs privilégiés d’un monde « sauvé », c’est-à-dire arraché à la routine qui l’enferme sur lui-même et le mène à sa perte. Notons encore combien ces trois vecteurs sont étroitement liés entre eux et forment boucle. En Romains 10, 17, l’apôtre Paul énonce que « la foi vient de ce que l’on entend ». Là encore, cette vérité n’a pas qu’un sens strictement religieux, indiquant que la foi naît au contact de la prédication de l’Evangile. Elle indique que toute foi authentique revient à croire quelqu’un sur parole, à lui faire confiance en se fiant non pas à des preuves irréfutables, mais à l’appel qu’une personne nous adresse. La foi, courage d’être et confiance, naît toujours d’une parole. Et la possibilité d’avancer dans la vie appuyé sur cet appel et sur la confiance qui en résulte n’est autre chose qu’une grâce, que la grâce.

Quel nouvel élan pour l’Eglise, nous demandions-nous en commençant ? Cet élan n’est à chercher ni « au-dessus de la terre » ni « sous la terre » (Romains 10, 8). Il est à portée de notre main, « dans notre bouche et dans notre cœur ». Pour nous protestants, il nous a été légué notamment à travers les repères fondamentaux que nous donnent les trois sola. A nous de découvrir et de mettre en œuvre – aujourd’hui plus que jamais – la force fondamentale dont cet héritage est porteur, pour notre salut à nous et pour celui du monde entier.

le 21 octobre 2006 J.-F.Collange
     
(1)  J.-C.Guillebaud, La force de conviction, 2006.

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