| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 |
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 |
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 |
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||
débats et opinions
Pour éclairer le Conseil
-
Un membre de la commission Protestants.org de la
FPF
o
-
Une personne ayant l’expérience de la conception
d’un site ecclésial
o Linda Caille, rédactrice en chef du journal Mission et ayant crée le site du Défap : www.defap.fr
-
Un webmestre d’un site de nos Églises
o
-
Un responsable de service
o Sabine Schlichter, de l’Accueil
-
Un membre du conseil restreint
o Daniel Junker
Pâques présente avant tout un message d’espérance et de vie nouvelle. Jésus le Christ meurt sur la croix le Vendredi Saint, parce qu’il a révélé à l’homme que l’humanité ne se suffisait pas à elle-même, mais qu’en toutes choses elle se rapporte à Dieu.
président du
Monseigneur,
Au-delà
des relations personnelles que vous avez voulues cordiales et
chaleureuses, vous avez su établir un climat de confiance et des
occasions de collaborations fraternelles et privilégiées entre nos
Eglises. La création du Conseil des Eglises chrétiennes de Strasbourg
en 2001, se révèle emblématique à cet égard et n’a cessé depuis
d’élargir le champ des rencontres et coopérations fécondes entre les
diverses branches de la famille chrétienne dans notre région. Votre
présence active le 7 mai 2006, lors de la célébration de l’union de nos
deux Eglises protestantes nous a profondément touchés. Ce jour-là, vous
nous avez rappelé le mot de Teilhard de Chardin, selon lequel
« tout ce qui converge monte ». Et vous avez ajouté que
« tout mouvement orienté vers une plus grande unité est
nécessairement source de progrès pour l’humanité. Ce principe vaut dans
l’ensemble des domaines de l’existence, depuis le niveau des relations
familiales jusqu’à celui de l’entente entre les nations ».
C’est
donc peu dire, qu’à côté des multiples tâches dont vous avez eu la
charge en tant qu’archevêque de Strasbourg, votre engagement œcuménique
a grandement contribué à cet effort de convergence, progrès pour
l’humanité tout entière. Mais ce travail d’affermissement fraternel
déborde de loin les seules rencontres qualifiées d’œcuméniques. Par le
souffle évangélique et théologique transmis à votre propre Eglise, par
l’élan de foi prenant en compte les difficiles exigences de l’heure,
vous avez fortement contribué à renforcer la vitalité du Message qui
nous porte tous au sein de notre région. Nous ne pouvons que vous en
être profondément reconnaissants.
Geoffroy Goetz
Jean-François Collange, Président du Directoire de l’EPCAAL, Président de l’Union des EPAL
Une société et un monde de projets à partager.
Eléments de réflexion sur les échéances électorales
Rapport oral
Nous nous sommes engagés, au niveau
Mais vous me permettrez de prendre un peu de hauteur et d’insister sur un trait que les contraintes d’une campagne électorale, visant à toucher un peu tous les publics et tous les problèmes, et rivée sur l’instant présent, tendent à ne pas toujours suffisamment mettre en lumière. Je veux parler du fait qu’une page de l’histoire de l’humanité – de notre humanité – est en train de se tourner. Nous allons en effet vers un temps de plus en plus marqué par la limite et les limitations. Alors que nous vivions depuis plus de 200 ans dans la perspective d’un progrès illimité, nous nous apercevons que toutes les avancées scientifiques et techniques ne sont pas forcément ou entièrement bonnes et peuvent être porteuses d’effets secondaires nocifs ou pervers. Tous les problèmes liés à l’écologie d’une manière large, aux changements de climat et à la hausse des températures peuvent être évoqués à ce propos. De même que ceux résultant de l’épuisement désormais prévisible de nos sources d’énergie fossiles (charbon, gaz, pétrole). Mais il y a plus : presque toute notre façon de vivre actuelle est fondée sur un processus de production/consommation dont il est facile de voir combien il ne répond que superficiellement aux besoins humains profonds et tend à vouloir répondre uniquement par des choses ou des objets à nos attentes et à nos soifs[3]. Par ailleurs, la production/consommation de ces mêmes objets ne peut que conduire à une saturation et à un encombrement dont la gestion se révèle tous les jours plus difficile. Nous tirons ainsi traite sur traite sur l’avenir : en accumulant des déchets difficilement gérables, en accroissant les surendettements tant individuels que publics, en vivant grassement sur des ressources non renouvelables… D’où la question lancinante qui doit mobiliser notre responsabilité : quel monde laisserons-nous à nos enfants ou petits-enfants[4] ?
Ces questions sont bien connues et de sérieuses prises de conscience se font jour. Mais le font-elles suffisamment lorsque l’on voit la plupart des programmes électoraux miser sur de fortes croissances, sans se poser suffisamment la question de la nature de ces croissances ? Par ailleurs, trop de ces prises de conscience se font sur le mode pessimiste, voire catastrophiste, annonçant le pire pour demain et après demain.
Là encore une étude sérieuse des termes doit être menée, que des siècles de misogynie ont occultée. Ce que la TOB traduit par « aide qui lui soit accordée », c’est très exactement l’hébreu « ézer kenegdo ». « Kenegdo », c'est-à-dire « en face », « contre lui » et non pas simplement « accordée » ; l’expression se comprend dès lors et dans son sens quasi charnel – voire sexuel – et dans sa signification existentielle : c’est « en face » d’Adam, face à face avec lui, qu’Eve est créée ; dure et féconde limite ! Quant au terme « ézer », traduit généralement par « aide » – sous-entendu «humble servante » – il n’apparaît qu’en deux circonstances dans l’Ancien Testament : ici même et, dans les Psaumes pour faire appel à Dieu ; « Dieu, mon secours (ézer), viens à mon aide ! ». Imagine-t-on que l’on fasse appel à Dieu comme à un « humble serviteur » ? Certes non ! Il convient donc de traduire « ézer » non par « aide », mais par « secours » et « ézer kenegdo » par « secours en face ». Ce que Dieu apporte donc à Adam en créant Eve, c’est un côté qui lui donne limite et forme ; un secours en face, susceptible de lui résister, de lui tenir tête et, ce faisant, d’être vraiment lui-même.
C’est ce que comprend parfaitement, dans un premier temps du moins, Adam qui s’écrie émerveillé : « celle-ci est os de mes os et chair de ma chair, elle sera appelée ischa parce qu’elle a été tirée de isch » (v.23). Remarquons en passant qu’avant ce grand moment, Adam ne savait pas parler, il ne savait qu’ânonner des mots nommant les animaux. Mais là, Eve une fois en face de lui, c’est un flot de paroles qui jaillit, tout un poème ! (Mais, rien n’est jamais parfait et le ver, hélas, était déjà dans le fruit : tout à son bonheur, Adam ne pense pas à parler à Eve ou à parler avec elle ! Si seulement, il avait pensé à ajouter : « Chair de ma chair, que dis-tu à ton tour de ce miracle ? », la face de l’histoire en eût été changée !).
Quoi qu’il en soit, la chose est assurée « depuis le commencement du monde » : notre identité – notre humanité d’êtres humains – n’est pleinement révélée et réalisée que dans la mesure où nous acceptons d’être limités. Cette limite est à la fois dure et joyeuse, féconde. Elle se présente de plus fondamentalement comme celle d’autrui, comme « l’autre semblable ». Que pouvons-nous en tirer pour la politique de notre pays et du monde aujourd’hui ?
On l’a vu : Adam (nous-mêmes, l’humanité d’hier, d’aujourd’hui et de demain) ne devient véritablement lui-même que par la création « en face » d’une limite qui lui donne contours et identité. Et cette limite se révèle fondamentalement celle d’autrui, de l’autre humain ou de l’humain autre. On peut en tirer trois conséquences concrètes aujourd’hui :
Un des éléments salutaires de la prise de conscience « écologique » tient dans ce qu’elle nous enseigne que nous formons un ensemble solidaire : avec la nature certes, avec le reste de l’humanité en tout cas. Nous sommes unis, solidaires, pour le meilleur comme pour le pire. Nous nous « en tirerons » tous ensemble, ou nous sombrerons tous ensemble. Il n’y a pas d’alternative. Aussi, toutes les propositions politiques consistant à ségréguer, discriminer, rejeter sont-elles à la fois moralement coupables et condamnées, à plus ou moins court terme, à l’inefficacité. On retrouve là notre fil rouge de la Genèse : Adam et Eve sont moins condamnés par leur ingestion du fruit défendu, que par le fait qu’ils se présentent désunis devant l’interpellation de Dieu. Au Seigneur qui demande en effet à Adam ce qu’il vient de faire, ce dernier répond : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit et j’en ai mangé » (3,12). La belle unité des deux membres du couple qui venait de les fonder en humanité vole ici en éclats (du fait de l’homme d’abord !) et Adam se « dissout » lui-même, refusant d’assumer toute responsabilité (donc toute identité d’homme) et rejetant la faute sur celle sans laquelle il venait de dire qu’il n’était rien et, en définitive, … sur Dieu lui-même.
Il en va de même pour nous aujourd’hui. Au lieu de nous rejeter sans cesse la balle censée causer tous nos malheurs, n’aurions-nous pas intérêt à constater que nous sommes embarqués sur le même navire et que six milliards d’humains peuvent former un levier considérable pour relever les défis que la situation actuelle leur lance, pour autant qu’ils acceptent de les relever ensemble. Cela suppose l’instauration, dans cet ensemble, d’un minimum de justice qui motive les uns et les autres, leur permette de coopérer et d’aboutir à un juste partage du fruit de leur travail.
A cet égard, les indications du récit biblique sont contrastées. D’un côté, il permet de taxer d’utopique, voire d’absurde, le rêve d’un monde de juste partage des ressources et de coopération fraternelle : à peine formé le couple humain n’en vient-il pas à se déchirer et leurs enfants à s’entretuer ? Peut-on dès lors imaginer un monde où l’homme ne serait pas un loup pour l’homme ? Mais d’un autre côté, en plaçant en tête du récit, non pas l’évocation de la faute et de la tragédie mais celle du bonheur et de la vie partagée, la Bible indique que la vocation humaine fondamentale, malgré tous les démentis de l’histoire, ne tient pas dans quelque sombre destin, mais s’inscrit sur un horizon de bonheur et de partage fécond. Par ailleurs, la Promesse de Dieu, signifiée ici par sa bénédiction (Genèse 1,28), réitérée tout au long de l’histoire d’Israël dans son attachement au respect de la Loi et confirmée de façon absolue au matin de Pâques, cette Promesse donc porte à jamais l’humanité et nous interdit, hier, aujourd’hui et demain, de désespérer de l’avenir. C’est cette espérance qui pousse encore à évoquer l’un ou l’autre trait de la manière dont nous sommes appelés à habiter notre monde.
En suivant toujours le fil rouge du début de la Genèse, essayons de préciser ce que peut être un projet commun de développement du monde.
Ce projet se trouve traversé par une tension forte, exprimée dans les chapitres 1 et 2, et relative à la vocation de l’homme. A la fin du chapitre 1 en effet (v.28), le Créateur « bénit le couple humain et lui dit : ’Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre’ ». Cet appel à la conquête du monde et à sa soumission n’a sans doute pas été pour rien dans le développement de nos sociétés technologiques et d’exploitation des ressources, au sein même de la culture judéo-chrétienne et non pas ailleurs. Un tel ressort idéologique, couplé à la désacralisation de la nature – créée par Dieu et non pas confondue avec lui – était en en effet nécessaire pour pousser à sortir d’une vénération quasi magique du monde et de la nature, à les profaner et à conduire à la culture qui est aujourd’hui
C’est alors qu’il convient de se souvenir que l’appel de Genèse 1,28 ne peut s’entendre isolément, mais qu’il est accompagné de celui de Genèse 2,15 – avec lequel il entre en tension féconde : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder ». « Pour le cultiver et le garder » et non pour le piller, pour le dégrader, l’épuiser ou le détruire. L’appel à la conquête du monde trouve là à la fois sa finalité et sa limite : il s’agit de garder, de préserver, … pas moins qu’un jardin. Contrebalançant l’appel à une saine stimulation ou compétition – sous-entendue par Genèse 1,28 – l’injonction à garder (contre quelle menace ?) le jardin invite à de fécondes collaborations. La juste manière de mettre le monde en valeur tient dès lors dans l’équilibre à sans cesse (r)établir entre utilisation/compétition d’un côté, préservation/coopération de l’autre.
Permettez-moi toutefois de m’arrêter un peu plus sur le terme « cultiver » (‘abad), littéralement « servir ». Il y a un « service » du sol ou des biens qui nous sont confiés et auquel nous sommes contraints. Et ce « service » se déploie selon trois orientations fondamentales dont les termes hébreu et français se font, à nouveau, l’écho de façon assez similaire.
C’est encore ce qu’indique à sa manière, un passage d’un étrange roman de Pascal Mercier, Train de nuit pour Lisbonne [5]. Sous la dictature de Salazar, dans les années 50, un jeune homme brillant, par ailleurs athée, en vient à proclamer : « Je ne voudrais pas vivre dans un monde sans cathédrales. J’ai besoin de leur beauté et de leur noblesse. J’ai besoin d’elles contre le caractère ordinaire du monde. Je veux lever les yeux vers des vitraux lumineux et me laisser éblouir par ces couleurs non terrestres. J’ai besoin de leur éclat. J’en ai besoin contre la sale couleur monotone des uniformes. Je veux me laisser envelopper par la rude froideur des églises. J’ai besoin de leur silence impérieux. J’en ai besoin contre le beuglement vide d’esprit de la cour des casernes et le bavardage plein d’esprit des suiveurs. Je veux entendre la voix murmurante des orgues, cette inondation de sons supraterrestres. J’ai besoin d’elle contre le ridicule criard de la musique militaire. J’aime les hommes priants. J’ai besoin de leur vue. J’ai besoin d’elle contre le poison sournois de la superficialité et de l’absence de pensée. Je veux lire les puissantes paroles de
Aujourd’hui, nous remplacerions les allusions au tout militaire de la dictature salazariste par les slogans de la consommation à tout crin. Et malgré ou à cause de ces slogans qui tendent à nous gaver, comme le jeune Amadeu Prado, nous avons envie de crier : « j’ai besoin, j’ai besoin d’autre chose… ».
D’autre chose, que seule l’acceptation de la limite peut nous apporter…
Mais faire ou refaire l’expérience de la dure mais féconde limite ouvre la voie d’un avenir de projets neufs et toniques, d’offres de partages fraternels pour la mise en culture d’un « jardin » confié à notre commune responsabilité.
Wolfisheim, le 25 mars 2007
[1] Les 11 dossiers portent sur la crise sociale, les énergies, le changement climatique et le développement durable, l’Europe, la famille et l’éducation, la justice pénale et le système pénitentiaire, la laïcité – condition du vivre ensemble, les migrations et le droit d’asile, le racisme et l’antisémitisme, la santé,
[2] Pour ce faire, on peut se reporter aux fort bons ouvrages de Y.Azoulay, P.Perrineau et B.Teinturier, Présidentielle 2007. Qui choisir ? Tout savoir avant de voter. Les candidats et leurs équipes. Les défis à relever. Le détail des programmes, Paris, Ed. Philippe Rey, 2007 ; C. Perrotin, Présidentielle 2007. Pour qui voter ? Les candidats et leur programme, Paris, L’archipel, 2007.
[3] Je me garderais pour ma part de « cracher dans la soupe » et suis bien conscient – et bien content – des bienfaits de la « société de consommation » dont je suis pleinement bénéficiaire. La question revient à savoir si ce système est suffisant pour conduire à l’épanouissement de l’humanité des humains et, même, si, par bien des aspects, il n’est pas destructeur de celle-ci.
[4] Cf. notamment H. Jonas, Le principe responsabilité.
[5] Paris, Maren Sell Editeurs, 2006 (original allemand 2004).
Mutations du monde, défis pour l’Église
Aussi nous faut-il, à notre mesure, sereinement mais résolument, prendre à bras le corps les problèmes qui se posent aujourd’hui et se poseront demain à l’Union des EPAL et nous engager dans une démarche de projet partagé. Nous le ferons – avec l’aide de Dieu et la collaboration du plus grand nombre - dans la concertation, nous efforçant d’avancer dans la participation avec cohérence et détermination.
Concertation, cohérence, détermination
Cette démarche exige encore, mieux que par le passé, que l’on distingue entre court, moyen et long terme. Certes, il ne s’agit pas d’attendre qu’une étape soit franchie avant de prendre en compte la suivante (toutes les préoccupations évoquées demandent, d’une certaine manière, à être abordées ensemble), mais d’évoquer néanmoins une certaine mise en ordre de l’action.
· mise en place d’organes de direction unifiés et donc d’une politique globale plus cohérente et dynamique ;
· intégration et élan plus poussés des divers services de l’Union ;
· création d’un corps pastoral unique,
· mise en place d’une seule Commission des ministères, indépendante de la direction ; constitution d’un parcours de formation initial cohérent et commun ;
· mise à disposition d’outils efficaces et pertinents, notamment informatiques et comptables ;
· moyens d’une politique de communication plus efficace ;
· rayonnement intra-protestant, européen et œcuménique plus marqué, notamment à travers le développement des activités de la Conférence des Églises riveraines du Rhin ;
· souffle nouveau donné à la Commission d’Action Sociale, Politique et Economique, notamment sur les questions du logement social et d’urgence, comme sur la mondialisation ;
· signaux donnés en interne comme à l’extérieur de la vitalité du protestantisme alsacien-mosellan - l’aventure du Neuenberg qui nous a considérablement occupés ces dernières années, étant emblématique à cet égard.
Par ailleurs, les chantiers suivants, nous occuperont dans les mois qui viennent :
· Avancées significatives sur la mise en commun de nos ressources financières
· Restructuration du Conseil et du Service missionnaires
· Consolidation de la plate-forme jeunesse
· Création d’un Service Protestant de Relations Interreligieuses et Interculturelles
· Projet global de pastorale du tourisme
· Renforcement des actions diaconales
· Réflexion sur les projets de vie dans l’EPRAL
· ……
Un projet à partager (le moyen terme)
1. recueillir, analyser avant de proposer des solutions
Il ne s’agit évidemment pas de se lancer dans un tableau exhaustif, mais – sur la base de méthodes objectives éprouvées - de procéder à quelques repérages essentiels pour relever points forts et faiblesses de nos manières de faire, tant sur le terrain qu’en termes d’organisation plus globale.
2. se donner les moyens de la synergie afin de :
· mieux porter remèdes aux défaillances
· et permettre un réel développement sur l’ensemble de notre ressort des expériences positives développées ici ou là
3. s’interroger sur le fonctionnement de la direction de l’Union et de ses services. Notamment dans les directions suivantes :
· en quoi direction et services peuvent-ils mieux encore être au service de la base ?
· quelles procédures administratives alléger ?
· quelles perspectives de collaborations et de croissance durable, les services peuvent-ils développer ?
4. poursuivre la réflexion sur le ministère pastoral, notamment à partir des résultats présentés par la Commission ad hoc, tout en ayant le souci du recrutement futur (Journées de la vocation ? …).
Bâtir l’avenir sur le fondement qu’est le Christ (le long terme)
· Théologie, spiritualité et identité protestante
Il convient de penser à frais nouveaux la pertinence de l’Evangile dans notre culture et notre société. C’est là la fonction même de toute théologie, dont chacun sait qu’elle n’est que seconde par rapport à la vie de la foi et a comme principal objectif de rendre celle-ci pensable, donc vivable, (credo ut intelligam disait saint Anselme) dans une langue, une culture et un temps donnés. Malgré les difficultés certaines de la tâche aujourd’hui, bien des signes indiquent que l’époque est en quête de spiritualité et de repères, notamment éthiques. On tentera de remédier à ces difficultés en :
- resserrant nos liens avec la
- repensant l’organisation du travail biblique et théologique dans nos paroisses
- travaillant à ce que, au sein de
Bien des indicateurs – notamment sociologiques - annoncent la poursuite de la réduction de la part de la vie ecclésiale au sein de nos sociétés. On ne saurait certes s’en réjouir, mais non s’en inquiéter outre mesure. Notre force ne tient pas d’abord dans le nombre de croyants, mais dans la qualité de l’Evangile qui nous porte et dans celle des projets qu’il inspire et met en œuvre. Mais cette tranquille assurance ne doit pas nous conduire à faire l’autruche ou à attendre qu’un avenir meilleur nous tombe directement du ciel. Elle doit au contraire nous inciter à faire face, à faire preuve d’imagination, de courage et d’audace pour que, demain comme hier, le Christ n’ait pas à rougir de son Église. L’audace de certaines franges de cette Église – tout particulièrement « évangélique » - qui, loin de faire du sur place, n’hésite pas à essaimer, pourrait peut-être également nous inspirer.
Quoi qu’il en soit, il nous appartient tous ensemble de réentendre la parole selon laquelle tout est possible « à celui qui croit » (Marc 9,23). Dans ce texte, « celui qui croit » désigne soit Jésus, soit l’homme qui croit, soit l’un et l’autre, confondus dans la même entreprise pour la plus grande gloire de Dieu et pour le service de ses enfants.
C’est à nous engager ensemble dans cette voie que nos propos veulent vous inviter.
Selon des rythmes à définir sans précipitation :
· Les différentes instances de direction de l’Union mettent en œuvre les orientations présentées, pour autant qu’elles dépendent d’elles
· Les diverses rencontres (pastorales – générales ou sectorielles -, synodes, consistoires supérieurs, assemblées de l’Union, etc.) sont appelées à inscrire leurs travaux dans ces orientations, en choisissant d’approfondir l’une ou l’autre piste évoquée
· Les Inspections ecclésiastiques, Consistoires réformés ou luthériens peuvent de même se saisir de tel ou tel thème et apporter ainsi leur pierre propre à la construction de l’édifice commun
· Des groupes ad hoc, spécialisés et compétents dans un domaine particulier, peuvent également se mettre en place.
[1] 27/1 : Conseil plénier ; 4-6/2 : pastorale EPRAL ; 25/3 : Consistoire supérieur ; 28-29/4 Synode EPRAL (Amnéville) ; 21/5 : pastorale générale ; 23/6 : Assemblée de l’Union ; 20-21/10 : Consistoire supérieur ; 17-18/11 : Assemblée de l’Union
De nos cœurs monte une immense reconnaissance pour ce qu’a
été l’abbé Pierre. Ce passionné de Dieu et des hommes a incarné l’Évangile en
plénitude, en montrant que l’amour de Dieu et celui des Humains vont de pair,
parce que les petits et les pauvres sont le visage même de Dieu.
Dans nos vies parfois si étriquées et minuscules, il a démontré
que l’on pouvait écrire « ESPOIR » en majuscules.
Par contre, son appel d’il y a plus de 50 ans demeure d’une
actualité criante. Cela doit nous interpeller tous fortement. La fidélité à la
mémoire de l’abbé Pierre se joue dans un engagement total pour des réformes
audacieuses, afin de supprimer la misère pour que chacun puisse vivre
dignement.
Pour
l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine,
« Un enfant nous
est né,
Un fils nous est donné.
On proclame son nom :
‘Merveilleux conseiller, Dieu fort, Père à
jamais, Prince de la paix’ ». Esaïe 9,5
Le prince de la paix
est un enfant. C’est ce qu’annonce l’Ecriture, tout particulièrement le livre
du prophète Esaïe.
Le Prince de la paix
est un enfant, nous répètent les préparatifs de Noël, fête des enfants et de
l’enfance. Chantons, célébrons et vivons Noël ! Associons-nous au chœur
des anges qui, au-dessus de la crèche de Bethléem
proclamait : « gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur
la terre pour ses bien-aimés ! »
Paix sur
De telles tragédies
trouvent leurs échos chez nous aussi. À nos portes et dans nos murs d'Europe,
ce sont des dizaines, voire des milliers d’enfants démunis, réfugiés, malades
ou abandonnés qui ne connaîtront pas la paix de Noël. Combien d'enfants de nos
villes grandissent au sein de bandes, en marge de la société, ne connaissant
que la loi du plus agressif et du plus fort ?
et
Communiqué de presse
Suite au communiqué de presse de l’Agence France Presse du mardi 21 novembre titrant fallacieusement : « Les pasteurs alsaciens-lorrains revendiquent les 35 heures », le comité de l’A.P.A.L précise :
L’Association des pasteurs d'Alsace et de Lorraine n’a jamais revendiqué et ne revendique pas l’application des 35 heures aux pasteurs, contrairement à ce qu’un document de synthèse laisse entendre.
D’autre part, le comité regrette que la démarche de réflexion portant sur la « condition pastorale » initiée par la direction
Elle demande aux pasteurs et aux laïcs de saisir les occasions de débat pour que cette question soit traitée sereinement et sérieusement, sur la base d’informations accessibles à tous, en utilisant les ressources de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg, de la formation permanente et de nombreux lieux où ces réflexions ont déjà été menées.
Adopté par le comité de l’Association des Pasteurs d'Alsace et de Lorraine
le 27 novembre 2006.
Jean-Marc MEYER
Pasteur à 68270 WITTENHEIM (EPRAL)
2A rue de la Résistance
03 89 50 40 77
jmmeyer@evhr.net
Chers collègues,
C’est avec grande surprise que j’ai appris, ce mercredi 22 novembre 2006, en regardant les informations régionales sur France 3 Alsace, que je faisais partie d’une catégorie socioprofessionnelle malmenée, sous-payée et fortement mécontente.
« Les pasteurs alsaciens-lorrains se plaignent des horaires surchargés, des salaires insuffisants, de la vie de famille perturbée et du manque de repères et n’hésitent pas à revendiquer les 35 heures » ai-je ensuite pu lire dans le journal « L’Alsace » du mercredi 22 novembre (qui reprenait vaguement les propos du reportage sus-cité).
Se rajoute enfin cet autre reportage relatant la même chose avec d’autres images et d’autres intervenants. Je l’ai visionné sur le site Internet des DNA, mais comme ils oublient systématiquement d’indiquer leurs sources, et qu’ils ne répondent pas aux mails qu’on leur envoie, je ne sais pas sur quelle chaîne il fut diffusé… Il me semble que c’est LCI, vu le graphisme, mais je n’en suis pas sûr… Ce dont je suis sûr, c’est que plusieurs milliers de personnes ont dû le voir…
Ma première surprise est que l’on relie ce constat plus que morose à un questionnaire qui aurait été envoyé aux pasteurs. Or personnellement (et je ne suis pas le seul), je n’ai jamais reçu ce genre de document. Oubli ? Négligence ? Critères particuliers ? Il doit y avoir une raison que ma raison ignore, car en aucun cas je ne soupçonnerai ma hiérarchie de vouloir censurer certaines opinions… !!! En tout cas l’article de « L’Alsace » mentionne que 100 pasteurs sur 280 ont répondu… Répondu quoi ? Et qu’en est-il des 180 qui n’ont pas répondu ? Et puis, si je ne m’abuse, il me semble que la totalité des pasteurs
Ma seconde surprise est que, publiquement, en tant que « pasteur alsacien-lorrain », on me dépeigne soudain comme quelqu’un qui se plaint sans arrêt, qui souffre de sa condition misérable, et qui revendique une vie tranquille et peinarde (avec un salaire bien conséquent à la clé, cela va de soi !) plutôt que de se consacrer à ses paroissiens. Personnellement, je n’ai pas encore eu de réactions de mes paroissiens, mais je sens que ça va être « chaud » dans les semaines qui viennent, et qu’il me faudra plusieurs fois 35 heures pour leur faire comprendre le vrai du faux dans ce délire médiatique et insensé… !!!
Je ne sais pas comment c’est pour vous, mais moi je déteste apprendre par hasard et par certains écrans incontrôlables comment je dois penser (ou comment j’ai pensé à mon insu) sans qu’on m’en ait parlé auparavant… !!!!
C’est vrai,
C’est vrai, Alain MEYER a sans doute aussi un peu raison, quand il parle d’argent. Mais bon ! il faut rester réaliste : 2 200 € par mois après 30 ans d’ancienneté, ce n’est pas énorme… mais il oublie que la moitié (voire plus) de la population française gagne à peine 1 700 € par mois, et surtout que nous, les pasteurs, nous sommes logés gratuitement (un loyer de presbytère, c’est au minimum 700 € ou 800 € par mois, si je ne me trompe). Donc, en réalité, un pasteur (de l’EPAL, j’entends bien) gagne en réalité pas loin de 3 000 € par mois. Quand à l’argument de l’augmentation de l’inflation en cinq ans (12 %) comparé à l’augmentation du salaire (6 %), donnant lieu à une « baisse du pouvoir d’achat » de 6 %, cela me laisse vraiment dubitatif : il me semble que c’est exactement pareil pour 90 % de la population (à part quelques privilégiés). Si certains pasteurs pensent encore que la consommation à outrance et la croissance illimitée est possible et souhaitable, libre à eux…
Enfin, l’argument des huit ans d’études (c’est ce que j’ai entendu dans le reportage, mais c’est faux, ce n’est que cinq ans), pourrait être valable… Seulement il ne l’est pas ! Je connais deux ou trois amis avec des diplômes d’ingénieur en physique ou en chimie, BAC + 7 (c’est à dire deux de plus que nous), qui sont bien contents d’avoir un travail payé un tout petit peu plus que le SMIC (qui je le rappelle est de 1 254, 28 € BRUT en 2006), et qui sont bien évidemment obligés de se payer un logement avec les quelques 986 € NET qui restent.
Moi, simple pasteur, avec un niveau d’étude bien inférieur au leur mais qui gagne quasiment deux fois plus, je suis parfois gêné d’être invité à dîner chez eux… !
Ou bien pour tout autre chose, que nous semblons avoir oublié… ?
Je n’ai pas de caissière AUCHAN parmi mes paroissiennes ; mais si tel était le cas, et qu’elle avait vu ce reportage ou lu cet article, et qu’elle venait me dire ses quatre vérités en estimant que son pasteur - censé la soutenir et la comprendre - passait son temps à se plaindre de ses horaires et à revendiquer un salaire qu’elle n’ose mêm pas imaginer dans ses rêves, je pense qu’un trou de souris ne serait pas assez petit pour cacher ma honte !
1. Je comprends que cette soudaine exposition médiatique vous a tous un peu dépassé et que vous ne la souhaitiez pas ainsi. On demande aux journalistes de dire une chose, ils en disent une autre…
Mais quand on connaît le système, et comment il fonctionne, il faut peut-être apprendre à prendre ses précautions…
2. C’est vraiment dommage que le premier « projet »
Personnellement, je me sens pris en otage, ou plus exactement pris en tenaille dans une problématique qui ne me concerne pas, mais qui me concerne quand-même vu qu’elle semble faire souffrir des gens qui font le même métier que moi, et c’est très désagréable de l’apprendre dans les journaux ou à la télé…
Vous aurez compris que je suis en total désaccord avec ce déballage médiatique. Je l’ai d’ailleurs indiqué par un courrier aux journaux et chaînes concernés.
3. S’il y avait un vrai message à faire passer (pour autant que les médias soient intéressés), ce serait plutôt de dire à quoi peuvent servir les pasteurs (ou les curé, les rabbins, les imams, les pompiers, les infirmières…) dans la société, dans la vie des gens, qu’ils travaillent 70 heures, 35 heures ou 15 heures ; qu’ils soient heureux dans leur travail ou pas…
4. Cette histoire (somme toute assez rigolote si on la prend avec humour), si elle n’est pas désamorcée rapidement, va à mon humble avis porter un tort considérable à notre Église désormais unifiée.
Oh ! Pas de la part du gouvernement, qui répondra, je le pense, que les revalorisations salariales déposées sur le bureau du Ministre sont pour l’instant entendues mais mises en attente (je vous rappelle que la dette publique de la France s’élève juste à quelques petits milliards… et que quelques autres millions de personnes ont les mêmes revendications…).
Ce sont nos paroissiens, surtout ceux qui sont un peu en marge, ou totalement étrangers, qui vont réagir violemment. Déjà, ils avaient tendance à considérer l’Église comme un « Truc » bizarre, et les pasteurs comme des fonctionnaires inutiles. Et je ne pense pas être le seul à avoir passé des (35) heures pour essayer d’expliquer, lors de certaines visites, qu’il n’en était pas ainsi, que nous étions là pour être à leur service, pour défendre certaines valeurs, et surtout - ne l’oublions pas - pour annoncer l’Évangile de Jésus-Christ (tiens, c’est marrant, il n’a pas été cité, lui, dans les articles et les reportages… !).
Mais si ces braves gens, simples et pas compliqués - réagissant sans trop réfléchir à ce qu’ils lisent dans le journal ou (encore pire) voient à la télé - se disent que finalement les pasteurs et autres curés ne sont effectivement que des fonctionnaires qui défendent leur petit bifteck plutôt que de partager leur quotidien à eux, leurs questions, leurs doutes, leurs désarrois, leurs revendications, j’ai bien peur qu’ils ne nous remercient à tout jamais… et ils auront sans-doute raison de le faire…
Voilà, chers présidents et collègues de l’EPAL,
pardon pour ces remarques un peu dans le désordre car écrites à vif,
mais je ne pouvais pas ne pas les formuler.
La seconde Assemblée de l’union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine (EPAL) s’est tenue au centre de rencontres «
Ce blog est ouvert à tous ceux qui souhaitent réagir et participer aux débats qui animent l'union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine.
N'hésitez par à intervenir, tous les messages auront une réponse. Le président du Conseil de l'union, le professeur Jean-François Collange ainsi que le président du Conseil synodal, Geoffroy Goetz alimenteront régulièrement cet espace de dialogueLa question se pose évidemment pour l’Eglise (ou pour notre Union d’Eglises) tout entière. Mais elle se pose tout particulièrement aussi pour notre appréhension du ministère pastoral. Une des questions qui nous est en effet régulièrement adressée à cet égard peut se formuler ainsi : des pasteurs certes, mais pour quoi faire ? Quelle est réellement l’attente de « l’Eglise » (ou, du moins, de sa direction) à leur propos ?
Voici donc quelques éléments de réflexion qui devraient nourrir et faire progresser le débat.
Certes, tout le message de la Réforme ne se résume pas à ces trois termes, loin s’en faut. Mais enfin, commençons par ceux-ci, le travail se révèlera déjà suffisamment important.
Le salut est le fruit de la grâce seule.
Pour bien comprendre la portée de cette affirmation, il convient d’abord d’élucider la notion même de salut. On l’a longtemps comprise comme manière de vie après la mort, échappant aux affres de la colère divine et de l’enfer. Mais cette perspective (la vie après la mort) est peu présente dans l’Ancien Testament – il suffit de le lire un peu pour s’en apercevoir – et même dans le Nouveau Testament, où l’accent porte plutôt sur la vie présente vécue devant Dieu (coram Deo, pour reprendre une expression chère aux réformateurs eux-mêmes) et non pas tellement sur ce qui se passe après
Il en va de même pour l’apôtre Paul qui – remarquons le en passant – n’emploie pas, lui, le vocabulaire de « vie en plénitude » ou « vie éternelle », mais celui de « justification » ou de « vie justifiée », c’est-à-dire de vie qui trouve dans l’Evangile sa justification, de vie digne d’être vécue ou d’avoir été vécue. Luc Ferry comprend très bien ce dont il est fondamentalement question dans l’ensemble de cette problématique, lorsqu’il parle de « vie réussie ». Qu’est-ce qu’une vie réussie ? demande-t-il à nos contemporains, nous demande-t-il à nous. Et nous comprenons bien dès lors combien cette question nous touche et nous interpelle aujourd’hui encore ; aujourd’hui plus que jamais. Et cette question n’est rien d’autre que la question même du salut.
On serait tenté de récuser le terme aujourd’hui et d’affirmer qu’il est désuet et ne dit plus rien. Et pourtant ! Chacun sait ce que « gratuit » ou « gratuité » veut dire. De plus en plus de choses aujourd’hui s’achètent et se vendent, ressortissant du domaine marchand ou encore de l’économie. Et il n’y a rien à redire à cela. Les règles de l’économie marchande font partie des lois de la vie qu’il n’y a pas lieu de contester, dans la mesure où elles sont justes et équitables. Mais là où les choses se gâtent, c’est lorsque l’on prétend que tout se résume et se trouve soumis à ces lois là ; que tout s’achète et que tout se vend et que rien n’existe en dehors de ces évaluations là. De réduire l’existence à ses seuls aspects économiques et matériels.
Mais que faire alors des sentiments, de l’affection, de la chaleur humaine, du geste qui distingue et relève, de la générosité, de l’amour ? Que faire de la poésie, de l’art, de la spiritualité qui ne s’achètent et ne se monnayent pas ? Or notre siècle n’est-il pas en passe de sombrer (de « se perdre »), dans la mesure où la dimension matérielle et économique de la vie tend à tout envahir, à tout régenter, et à se présenter comme la seule manière – ou du moins la principale manière – de comprendre l’existence ?
Il y a maintenant quelques dizaines d’années déjà que l’ethnologue Marcel Mauss a pu montrer que, dans plusieurs cultures du monde (sinon dans toutes), le don et l’esprit du don jouaient un rôle structurant fondamental, de sorte que l’on peut même dire que l’honneur d’une civilisation se mesure à sa capacité à cultiver et développer, au-delà même des règles de l’échange et du calcul marchands, cet esprit-là ; esprit du don et du « pour rien », esprit et force de la grâce, hors desquels aucune vie (individuelle, sociale ou même civilisationnelle) ne saurait être réussie. Ne saurait, en un mot, être sauvée.
Cette vérité est fondamentale, et ses conséquences demanderaient à être longuement développées en termes d’organisation sociale et culturelle, d’économie même, d’écologie, de partage et de manière de vivre. Comment en douter ? Les formes que prend la question aujourd’hui sont certes spécifiques et nouvelles, mais la question, elle, est de tout temps, et les civilisations qui ont su perdurer, traverser le temps et se révéler comme l’honneur de l’humanité (comme son « salut ») sont celles qui ont su la prendre au sérieux et tenter d’y apporter des réponses.
Les hébreux pour leur part ont inventé le sabbat. Je ne vais pas développer ce point bien connu, ni insister sur le rôle qu’il joue encore aujourd’hui dans la vie juive. Le sabbat – dont Jésus a contesté une certaine manière de le vivre, mais qu’il n’a pas du tout abrogé – est une manière d’incarner le fait que la vie active ne se suffit pas à elle-même. Non pas qu’il faille la dévaloriser le moins du monde, mais elle ne se suffit pas à elle-même et même, laissée à sa propre emprise, elle agit comme les nénuphars qui se reproduisent à la surface de l’étang, l’envahissent et finissent par l’étouffer. Sans la rupture et la percée opérées régulièrement par le sabbat, par le « rien produire », par la rencontre et par là fête, la vie - nos vies – sont perdues et se meurent.
Comment ne pas voir alors la nécessité vitale de la vie cultuelle aujourd’hui encore, et l’importance de la fonction de celle, de celui ou de ceux qui l’ordonnent ? Le culte est, à proprement parler, un lieu de salut. Il arrache à la seule matérialité et productivité de l’existence, et l’ouvre à ceux qui, en les dépassant, leur donne leur sens véritable. Il est vrai que les formes qu’il convient de donner à la réalité proprement salvifique du culte se cherchent, et qu’il n’est pas facile d’y apporter les réponses les plus pertinentes. Mais l’exigence elle-même, pour le salut du monde, de faire place, dans l’organisation des vies individuelles et sociales, à la gratuité et à la grâce ne devrait faire de doute pour personne.
Les questions de sens ne se posent d’ailleurs pas que dans les grandes expériences mystiques. Elles inquiètent chacun d’entre nous, certes à tout moment de son existence, mais peut-être plus encore à ces moments-clefs, à ces nœuds de la vie, que sont la naissance, les noces, la maladie et l’épreuve, ou encore
Vous me permettrez d’être ici un peu plus rapide, quoi qu’il y aurait aussi bien des choses à dire. Comment en effet caractériser la foi ?
On se rappelle que le mouvement même qui allait conduire à la Réforme fut initié chez Luther par une profonde méditation sur ces mots de l’apôtre Paul, ouvrant et résumant l’épître aux Romains : « l’Evangile est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif d’abord, puis du Grec. C’est en lui en effet que la justice de Dieu est révélée, par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : le juste par la foi vivra » (Romains 1,16s). Luther en tira la conclusion, au demeurant exacte, que c’était dans la foi et en elle seule, que résidait le moyen de parvenir au salut.
Si l’on maintient la définition que je viens de proposer pour ce qu’il en est du salut, cela signifie que l’accès privilégié à la vie réussie, à la vraie vie, n’est – après la grâce – autre que
On remarque tout d’abord que l’apôtre Paul ne spécifie pas de quelle foi il s’agit. Il ne parle fondamentalement ni de la foi en Dieu (même si, implicitement, celle-ci se trouve bien visée), ni de la foi dans le Christ, ni même de foi religieuse. Il emploie le terme de façon absolue, et parle de la « foi » tout court. C’est qu’il évoque une réalité plus générale que ce que l’on a coutume d’appeler « foi » et que l’on confond trop rapidement avec la pratique religieuse et ses croyances. Il s’agit ici tout simplement de la foi comprise comme réalité touchant tout être humain, comme catégorie humaine universelle… dont on nous dit qu’elle sauve, c’est-à-dire qu’elle ouvre la porte d’une existence réussie. Comment comprendre cela ?
Le théologien Paul Tillich permet d’avancer dans la compréhension de ce mystère, en qualifiant la foi de « courage d’être » (courage to be), de manière solide et droite de se tenir et d’avancer dans l’existence. Loin donc d’être une réalité marginale, concernant essentiellement de pieux sujets, la foi se révèle au coeur même de la vie et de l’existence, comme force et courage qui dressent la vie contre l’adversité même. Ce qu’indique d’ailleurs le terme hébreu disant la foi « êmounah » (racine : aman, amen), dont le sens fondamental exprime la solidité et
Le temps passe ; le sujet est complexe et je sens l’attention faiblir. Je vais donc essayer d’être encore plus bref, quitte à y revenir de façon plus approfondie à un autre moment. En quoi l’Ecriture peut-elle permettre d’accéder à une vie réussie ?
La première constatation est d’apparence triviale : aujourd’hui, sans maîtrise de la lecture et de l’écriture, l’avenir d’un individu comme d’un peuple se trouve particulièrement compromis. Et il n’est pas innocent de constater que, chez nous en tout cas – en Occident en général, à Strasbourg en particulier – les études scolaires et universitaires se sont développées dans le sillage même de la référence à la lecture de